Cercle canadien d’Ottawa : La place du Canada dans un monde en évolution

Prononcé le 14 septembre 2009

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Le texte prononcé fait foi

Ottawa, Ontario

Merci.

Je suis ici aujourd’hui pour vous parler de la place du Canada dans le monde, de la façon dont nous avons perdu cette place et ce que nous pouvons faire pour la retrouver.

Le monde est en évolution et le Canada doit lui aussi changer. Notre identité en tant que peuple sera définie par la place que nous occuperons dans le monde après la fin de cette récession mondiale.

Le Canada est né de deux empires, l’un français, l’autre anglais, et nous avons grandi aux côtés de la nation la plus puissante de l’histoire, les États-Unis.

Qu’est-ce qui advient de notre identité, de notre place dans le monde, à une époque où le centre de gravité se déplace vers l’Asie ? Où l’Inde et la Chine deviennent les grandes puissances de l’économie mondiale ?

Nous ne devrions pas craindre l’ascension de ces nouveaux pouvoirs. Un monde en évolution crée de nouvelles possibilités pour le Canada. Des possibilités de faire du commerce, d’apprendre et de concevoir l’architecture mondiale de sécurité voulue pour ce monde qui prend forme. Toutefois, nous ne pourrons y arriver que si nous avons le leadership qui nous permettra de saisir ces occasions.

Ce que nous faisons à l’étranger contribue à nous définir. C’est le reflet de notre personnalité. C’est le reflet de ce que nous pouvons apporter au monde pour qu’il soit meilleur. C’est le prolongement de ce que nous sommes en tant que peuple.

De façon générale, les femmes et les hommes politiques canadiens prononcent à peine un mot à propos du Canada dans le monde pendant une campagne électorale. Cela ne leur semble pas important. Mais ça l’est.

Après les quatre dernières années, il est difficile de se rappeler à quel point le Canada a déjà eu de l’importance.

Nous avons aidé à créer les grandes institutions qui sont l’architecture du monde d’aujourd’hui. La Banque mondiale, le Fonds monétaire international, le GATT, qui est maintenant l’Organisation mondiale du commerce, l’OTAN.

Le multilatéralisme a été la devise canadienne. En 1956, Lester Pearson a trouvé une façon de résoudre la crise de Suez et il a fait du maintien de la paix notre vocation. Lorsqu’on lui a remis le prix Nobel de la Paix l’année suivante, le comité Nobel avait déclaré : « Il a sauvé le monde ». Nous avons applaudi.

Dans la période d’après-guerre, nous sommes devenus les principaux responsables du maintien de la paix mondiale. Jusqu’en 1988, aucune mission n’était entreprise sans notre participation. À la même époque, nous sommes allés en guerre en Corée, dans le golfe Persique et au Kosovo. Nous sommes partis en guerre lorsque nous devions le faire. Nous avons assuré le maintien de la paix lorsque nous avons pu. Les Casques bleus sont alors devenus l’emblème de notre identité.

En 1950, nous étions là pour le plan de Colombo, qui a mis en oeuvre le premier programme d’aide internationale. Pearson avait proposé que les pays les plus riches du monde s’engagent à consacrer 0,7 % de leur richesse à l’aide internationale. En 1975, nous avions fait la moitié du chemin. Et à Kananaskis en 2002, nous avons pris un nouvel engagement envers l’Afrique.

Un internationalisme engagé et énergique n’était pas l’exception pour le Canada ; c’était la règle. C’était nous.

Ce que nous avons accompli sur la scène mondiale ne concernait pas qu’un parti ou qu’une politique. Sous la gouverne des libéraux comme des progressistes conservateurs, le Canada a montré fièrement la voie sur la scène mondiale.

Pierre Trudeau a ouvert ses bras à la Chine. Jean Chrétien a fait la promotion de l’Afrique. Paul Martin s’est fait le défenseur du G-20. John Diefenbaker a accru l’aide internationale et Brian Mulroney s’est fermement opposé à l’apartheid en Afrique du Sud. Par le passé, il y avait un consensus entre les partis à propos du rôle du Canada dans le monde.

Malheureusement, mes amis, ce consensus n’est plus. Pour le gouvernement conservateur de Stephen Harper, la scène internationale n’existe que pour marquer des points au pays. De plus, en conséquence, notre crédibilité sur la scène internationale s’est affaiblie.

Les conservateurs laissent la place du Canada dans le monde.

Nous avons un Premier ministre qui accorde si peu d’importance aux affaires étrangères qu’il change de ministre des Affaires étrangères comme il change de chemise. Nous avons eu quatre ministres différents en seulement trois années et demie. Ils vont et ils viennent, comme les saisons.

Nos amis à l’étranger voient bien ce chassé-croisé. Ils remarquent notre silence au sein des conseils internationaux et se demandent : Où est le Canada ?

Sous la gouverne de Stephen Harper, nous ne sommes plus le leader du maintien de la paix mondiale ; nous ne figurons même plus parmi les trente premiers pays. Nous ne faisons plus partie des dix pays au monde qui versent le plus d’aide. Pire encore, les conservateurs ont abandonné l’Afrique.

Quand nos services étrangers ne sont pas ignorés ou insultés, ils sont muselés. Nos budgets à l’international ont été coupés. Nous nous sommes même retirés de la diplomatie culturelle en laissant tomber la promotion de nos artistes, de nos acteurs et de nos auteurs à l’étranger. C’est notre âme que nous abandonnons.

Stephen Harper a tellement réduit notre présence que nous avons de la difficulté à obtenir un siège au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce même siège que nous avons occupé à chaque décennie depuis la fondation de l’ONU.

Nous ne défendons même plus les droits des Canadiens à l’étranger. Pourtant, ce sont nos concitoyens. Mais si ce concitoyen s’appelle Souad Mohammed, notre gouvernement l’abandonne. Ce que moi je dis, Mesdames et Messieurs, c’est qu’un Canadien est un Canadien.

Nous avons déjà joué le rôle de grand médiateur à l’échelle mondiale. De nos jours, au Moyen-Orient, en Afrique et au Sri Lanka, nous avons cédé notre place à d’autres.

Sous la gouverne des conservateurs, le Canada a renié sa signature au bas du protocole de Kyoto. Et qui peut dire jusqu’où nous descendrons si ce sont les conservateurs qui nous représentent lors de la prochaine conférence sur les changements climatiques, qui aura lieu en décembre à Copenhague ?

Avec ce gouvernement, le Canada est en train de devenir le pays qui n’ose pas s’exprimer.

Nous avons encore les meilleurs diplomates du monde. Louis Guay et Bob Fowler nous rappellent à quel point nos meilleurs représentants peuvent être tenaces et courageux.

Nous pouvons encore compter sur les soldats les plus braves au monde : 130 d’entre eux ont péri en Afghanistan.

Aujourd’hui, nous rendons hommage au soldat Patrick Lormand, mort lors d’une mission hier, à Kandahar.

Nous donnons encore à manger à ceux et à celles qui ont faim et nous soignons les malades partout dans le monde.

Chaque jour, nos diplomates, nos soldats et nos employés au sein d’organismes d’aide internationale se distinguent encore et font en sorte que notre pays se démarque dans chaque coin du monde.

Ils méritent un gouvernement qui fasse de même.

Rien ne semble avoir de l’importance pour ce gouvernement ; ni l’ascension de la Chine et de l’Inde, ni les droits de nos compatriotes qui se retrouvent au banc des accusés, ni un siège aux Nations Unies, ni la menace que représente le réchauffement de la planète. Rien ne va plus.

C’est tragique. Plus que jamais, le Canada doit se voir comme étant une nation du monde, se sentir chez lui dans le monde. Le monde doit vivre au Canada et le Canada doit vivre dans le monde.

Afin d’atteindre notre potentiel, notre gouvernement doit rattraper ce que le Canada est déjà devenu : l’une des sociétés les plus internationales de la planète.

Près de 20 % de nos habitants sont nés dans un autre pays. Près de deux millions d’entre nous travaillent et vivent à l’étranger à un moment où à un autre. Nous parlons toutes les langues du monde.

Au lieu de déplorer ces faits, au lieu d’insinuer qu’un Canadien qui a vécu à l’étranger est d’une manière ou d’une autre moins canadien que les autres, nous devrions célébrer tous nos citoyens et toutes nos citoyennes. Nous devrions avoir une attitude plus internationale et non le contraire. Nous devrions nous montrer plus ouverts sur le monde, pas moins. Plus audacieux, pas moins.

Nous avons besoin d’un gouvernement qui soit à la hauteur du propre internationalisme de la population canadienne et qui la motive à atteindre de nouveaux sommets.

Cela signifie qu’il faut exiger davantage de notre gouvernement et de nous-mêmes, pas moins. Il faut relever les attentes quant à notre bilan à l’étranger, et non les diminuer.

Laissez-moi présenter les éléments d’une stratégie libérale pour un grand Canada, un Canada qui a de l’ambition, un Canada qui donne l’exemple.

Notre Canada préconisera la réforme de la gouvernance internationale. Notre priorité, en tant que nation qui accueillera le sommet du G-8 l’an prochain à Huntsville, sera d’élargir le G-8 afin d’en faire le G-20.

De plus, afin de veiller à la tenue d’un forum mondial qui facilite vraiment l’intégration, nous offririons d’organiser et de financer l’établissement d’un secrétariat permanent du G-20 au Canada.

Notre Canada sera un leader mondial quant à la façon de réformer le contrôle des finances. Notre système bancaire, issu de la prudence canadienne, fait l’envie du monde entier. Le gouverneur de notre banque centrale, Mark Carney, est un fonctionnaire qui fait un travail exemplaire. Nous pouvons être un chef de file dans ce domaine.

Notre Canada renouvellera ses relations avec les États-Unis. À un moment où l’Europe abolit ses frontières, l’Amérique du Nord érige des barrières entre amis. Le nombre d’Américains qui visitent le Canada est à son plus bas niveau en une génération. L’impact ressenti au niveau du commerce transfrontalier nuira autant aux États-Unis qu’au Canada.

Notre Canada se joindra aux Américains pour renforcer l’espace économique nord-américain, et non pas pour affaiblir.

Notre Canada assumera un rôle en Afghanistan après 2011. Un rôle différent. Cela signifie un engagement humanitaire pour aider à reconstruire ce pays et pour consolider les progrès durement accomplis.

Nos alliés ont nommé des émissaires haut placés en Afghanistan et au Pakistan. Stephen Harper a refusé de faire de même. Nous devons nous engager pleinement pour contribuer à restaurer une stabilité. Nous pouvons être fiers de nos troupes. Maintenant, nous devons promettre de faire jouer toutes nos forces diplomatiques pour arriver aux mêmes fins.

Notre Canada renversera la décision de l’actuel gouvernement, qui a renoncé à demander la clémence pour des Canadiens condamnés à mort à l’étranger. Si nous n’imposons pas la peine capitale chez nous, pourquoi devrions-nous accepter que pareille peine pèse sur des Canadiens à l’étranger ?

Notre Canada revendiquera sa souveraineté sur l’Arctique, non seulement en renforçant sa présence sur le plan aérien et maritime, mais également en investissant dans les populations du Nord du pays, leurs collectivités, leur développement économique, leur santé et leur éducation.

Nous devons rétablir des relations avec le conseil de l’Arctique et entretenir des liens plus étroits avec tous les peuples de la région de l’Arctique. Une défense militaire de la souveraineté ne suffit pas. Nous devons faire équipe avec nos voisins de l’Arctique afin d’assurer le progrès de nos populations arctiques, de prendre des mesures concertées pour lutter contre les changements climatiques et de veiller au développement organisé des ressources nordiques.

Notre Canada prendra sa place en tant que puissance du Pacifique. Nous établirons le dialogue avec la Chine et avec l’Inde, alors que Stephen Harper leur a froidement tourné le dos. Nous exploiterons la force de notre propre diversité afin de renforcer nos liens. De plus, un gouvernement libéral rétablira les missions commerciales de l’Équipe Canada, qui ont connu tant de succès sous la gouverne des Premiers ministres Chrétien et Martin.

Notre Canada fera de l’éradication de la pauvreté la priorité ; cela signifie que nous devrons tourner notre attention de nouveau vers l’Afrique, que les conservateurs ont désertée.

Notre Canada incarnera la bonne gouvernance dans le monde, sera capable de montrer la voie de la paix, capable de faire comprendre le fédéralisme et de favoriser la bonne entente entre les nations, capable de proposer des codes de conduite et de superviser des élections libres. À ces fins, nous établirons un secrétariat de la paix, de l’ordre et de la bonne gouvernance.

La responsabilité de protéger était, en partie, une idée canadienne, et l’un des points les plus importants de cette perspective est la prévention. Avec nos antécédents au niveau de la paix, de l’ordre et du bon gouvernement, le Canada peut retrouver son leadership dans la prévention des conflits.

Ce ne sont là que quelques-unes des choses que nous ferons afin de redonner au Canada son influence mondiale.

Les Canadiens ne constituent pas le problème. Les Canadiens sont là. Le problème, c’est leur gouvernement.

Le gouvernement conservateur a perdu la foi. Il ne croit plus à l’action internationale.

Mais les Canadiens, eux, sont présents dans le monde. Ils voyagent et étudient à l’étranger en nombre record. Ils sont plus nombreux que jamais à s’inscrire à des programmes internationaux ici et à l’étranger. Ils sont nombreux à fonder des organisations non gouvernementales ou à y travailler. Ce monde, c’est celui des Canadiens, mais ce n’est pas celui de leur gouvernement.

Nos pêcheurs de homards à l’Île-du-Prince-Édouard veulent vendre leurs produits à Macao. Nos travailleurs forestiers, nos agriculteurs et nos chefs d’entreprise veulent que nous fassions la conquête de nouveaux marchés en Asie. Ils sont plus rapides et ils sont plus astucieux que leur gouvernement.

Le moment est venu pour le gouvernement de les rattraper. Le moment est venu pour le monde d’être au coeur de nos débats nationaux, et non pas d’en être exclu. Le moment est venu pour nous d’adopter une vision du monde qui soit à la hauteur du pays que nous aimons, le pays dont je me souviens, celui de l’époque de mon père, le pays que nous pouvons être à nouveau.

Nous pouvons faire mieux et nous le ferons.

Merci.

Discours

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