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Article d’opinion du chef: On ferme le Parlement: l’arrogance du pouvoir

Publié le 5 Janvier 2010
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Vous trouverez ci-dessous la version intégrale de l’article d’opinion du chef libéral Michael Ignatieff qui sera publié dans les journaux cette semaine.

Le premier devoir des dirigeants dans une société démocratique comme la nôtre est de respecter les institutions qui limitent leur pouvoir.

Oui, la démocratie peut être difficile. Oui, elle est contraignante. Oui, elle est contrariante. Tout cela est vrai. Mais, comme Churchill l’a dit, la démocratie est la meilleure des alternatives.

Un gouvernement minoritaire peut être compliqué mais il peut fonctionner si le Premier ministre le veut bien.

La semaine dernière, le gouvernement Harper a annoncé qu’il mettait un terme aux travaux du Parlement. Et le fait que cela ait été annoncé à quelques heures à peine du jour de l’an — pendant la période durant laquelle les médias sont moins vigileants – en dit long sur les motivations de M. Harper. Quelle ironie pour un gouvernement qui s’est fait élire en promettant d’accroître transparence et reddition de comptes. Mais cela, malheureusement, est une autre histoire.

Selon tous les journaux du pays – dont celui-ci – le facteur qui a pesé le plus dans la décision de M. Harper a été les nombreuses critiques et les questions difficiles au Parlement sur sa gestion des cas de torture de détenus afghans – y compris sur ses tentatives possibles d’étouffer l’affaire. Des questions sur l’honnêteté de ce gouvernement et sur sa responsabilité à maintenir la réputation du Canada à l’étranger. Des questions qui sont fondamentales, car elles touchent le respect du gouvernement envers les institutions démocratiques et envers la primauté du droit.

Plus troublant encore, la fermeture du Parlement était un acte réfléchi qui témoigne d’une constance dans le comportement du gouvernement de Stephen Harper. Chaque fois que Stephen Harper se met dans le pétrin, il a pour habitude de bafouer les institutions démocratiques qui lui barrent la route. Faisons le bilan :

  • Il y a un peu plus d’un an, Stephen Harper a mis un terme aux travaux parlementaires quelques semaines à peine après une élection pour se tirer d’une crise politique et constitutionnelle sans précédent qu’il avait créée de toutes pièces.
  • Il s’en est pris à des fonctionnaires de carrière, tels que Richard Colvin dans l’affaire des détenus Afghans, qui ont osé dire la vérité et il en a intimidé d’autres pour les museler.
  • Il a congédié Linda Keen, la directrice de la Commission canadienne de sureté nucléaire, parce qu’elle a prévenu que des réparations étaient nécessaires pour que la centrale nucléaire de Chalk River soit sécuritaire.
  • Il a privé Kevin Page, le directeur parlementaire du budget, des ressources qui lui étaient nécessaires pour son travail parce que ce dernier était critique au sujet de la  mauvaise gestion des finances publiques du gouvernement conservateur.
  • Il a congédié les directeurs de la Commission des plaintes du public contre la GRC et de la Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire. L’un et l’autre étaient des personnes compétentes qui faisaient un excellent travail. Mais aux yeux de Stephen Harper, ils avaient tous deux un gros défaut : ils étaient critiques face au gouvernement.
  • Il a coupé les fonds publics à l’organisation caritative œcuménique KAIROS, qui est pourtant louée pour son travail et qui jouit d’un vaste appui public, parce que selon un ministre de son gouvernement, elle avait des vues divergentes de celles du gouvernement en matière de politique étrangère.

Gouverner en intimidant tous ceux qui sont sur son chemin peut avoir de graves conséquences à long terme. Voyez ce qu’est devenue notre capitale nationale : on y trouve des fonctionnaires démoralisés  et une presse nationale constamment brimée qui tentent de servir une population désabusée.

L’attitude du gouvernement entraîne un profond cynisme. M. Harper mise sur l’idée que la population se moque de la façon dont le pays est gouverné. En réalité, à bien des égards, entretenir la méfiance du public envers la politique et à faire baisser encore plus la participation électorale, sert son intérêt politique puisque cela renforce l’impact électoral de sa « base ».

La fermeture du Parlement, décidée la semaine dernière, était un moment capital. Un tournant ? Non, ce serait trop dramatique. En tout cas, il est trop tôt pour dire à quel point. Mais surtout, c’était un moment de suprême clarté. On y a vu le culot, l’immense cynisme, l’arrogance d’un régime qui pense s’en tirer à bon compte dans presque tout.

Que doit-on faire ? Eh bien, plus vite le Parlement reprendra ses travaux, mieux ce sera. Mais d’ici là, nous devons faire part aux Canadiens de nos préoccupations. M. Harper n’a peut-être pas envie de faire face à la population, mais nous irons rencontrer les Canadiens dans les universités et dans des assemblées publiques d’un bout à l’autre du pays. Nous rechercherons leurs vues et échangerons des idées. Nous continuerons de faire notre travail, en demandant des comptes au gouvernement sur l’affaire des détenus afghans, sur son immobilisme face aux changements climatiques, sur la crise croissante de l’emploi chez les jeunes, ainsi que sur la sécurité des pensions des Canadiens plus âgés.

La fin de la session parlementaire a fait naître des spéculations au sujet d’élections ce printemps. Mais il n’est pas nécessaire de tenir des élections hâtives. Trois scrutins en moins de six ans, c’est bien assez pour un bout de temps. Au cas où on ne le saurait pas, je tiens à dire que j’ai très bien compris le message des Canadiens l’automne dernier. Et ce message n’était pas seulement destiné à moi.

De la façon dont j’entends les Canadiens, ils me disent : retournez au travail à Ottawa, faites fonctionner ce parlement et faites le travail pour lequel nous vous avons élu. Nous sommes à l’écoute. Il serait temps que Stephen Harper le soit aussi.

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