La partisannerie profonde qui a marqué la crise au Congrès des États-Unis a quelques leçons à offrir au Canadiens. La polarisation n’est pas la « nouvelle norme », comme le prêchent les néo-démocrates et les conservateurs. Elle nuit au corps politique et nous amène loin du simple fait que les gens veulent une politique intelligente et modérée, basée sur les faits, les preuves, les bonnes valeurs et le compromis.
En 1991-1992, les premiers ministres provinciaux du pays se sont rencontrés à maintes reprises pour discuter de la constitution. Dans les corridors et durant les inévitables discussions tard le soir, nous nous rassemblions pour parler de ce qui nous préoccupait réellement – l’économie et l’état des finances publiques. La récession frappait durement, et le « consensus canadien » commençait à émerger – le pays et ses provinces devaient remettre de l’ordre dans leurs finances. Le processus d’accroissement des déficits et des dettes d’une durée de vingt ans tirait à sa fin. Ce n’était pas une idée conservatrice progressive, ni néo-démocrate, ni un point de vue libéral, mais simplement un point de vue pratique largement partagé qu’il y avait des limites à emprunter, et qu’un engagement commun nous placerait dans une meilleure situation.
Cela n’a pas été facile, mais ce n’était pas non plus farouchement partisan. Lorsque Jean Chrétien est devenu premier ministre en 1993 et a commencé sa propre attaque au déficit un an plus tard, la plupart des Canadiens comprenaient que ce devait être fait au niveau fédéral ainsi qu’au provincial.
La division – rouge/bleue, gauche/droite – des États-Unis rend la bipartisanerie presque impossible, et cela a mené ce pays au bord d’un gouffre parfaitement évitable. Comme le disait le président Obama ce matin, ceci n’est pas une catastrophe naturelle impossible à régler par des gens. C’est corrigeable et cela demande un vouloir politique et un sens du bien commun pour le faire.
La plupart des Canadiens présentement ne veulent pas d’une partisannerie féroce, d’une division gauche/droite, dans ce pays. Malgré la fabulation de Stephen Harper, le pays n’est pas devenu subitement radical de droite. Soixante pour cent des Canadiens ont voté contre le parti et les politiques de M. Harper. Et nous devons comprendre que la majorité des objectifs en politique, comme les buts au hockey ou au soccer, se comptent à partir du centre. C’est là où sont l’action et la plupart des Canadiens.
Mais pas en plein milieu où c’est la sécurité avant tout et toujours ‘d’une part et de l’autre’, mais plutôt un centre vivant, fort et rempli d’actions qui n’a pas peur des idées, des débats, et qui aborde les enjeux en partant à neuf. Et c’est là où le Parti libéral doit aussi se trouver.
Le point que les conservateurs ne semblent pas pouvoir éviter est celui de la complaisance et de l’arrogance – en ce qui concerne les élections, les finances des autres, et peu importe les enjeux qu’ils discutent.
Les conservateurs insistent que le bilan économique du Canada est des années-lumière en avance sur le reste du monde. Pourtant l’économie canadienne a diminué en mai, et la dette combinée de tous les gouvernements du Canada – le chiffre qui compte dans un État fédéré où les provinces peuvent emprunter sur le marché libre – est bien au-delà d’un billion de dollars. Nous n’avons aucune raison pour cette complaisance et aucune base pour cette arrogance.
—Bob Rae




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