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Pour une assurance emploi efficace

Publié le 23 Mai 2009
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Michael Ignatieff, Le Devoir
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 mai 2009

Nous sommes en pleine récession. Nous devons adapter les règles qui gouvernent notre économie.

Le chômage augmente en flèche, le nombre de faillites est en hausse et le déficit budgétaire bat des records. Plus de 300 000 Canadiens ont perdu leur emploi depuis le début de la crise.

Notre système d’assurance emploi n’est pas conçu pour une récession de cette ampleur. Plus de 40% des personnes qui sont au chômage dans ce pays n’ont pas droit aux prestations d’assurance emploi, même si elles ont cotisé au régime. La conséquence? L’aide dont les Canadiens ont besoin n’arrive pas.

Voilà pourquoi il faut absolument réformer notre système d’assurance emploi. Nous devons élargir les critères d’admissibilité pour aider ceux qui ont cotisé, mais sont actuellement exclus. L’assurance emploi est également le moyen le plus efficace, le plus rapide et le mieux ciblé que le gouvernement puisse utiliser pour relancer l’économie dès maintenant.

La crise que nous traversons affecte tout le pays. C’est une crise nationale. Mais l’assurance emploi utilise toujours 58 critères d’admissibilité régionaux différents. Cela n’a aucun sens.

Le chômage a augmenté de 83% en Alberta et de 68% en Colombie-Britannique, mais il est toujours deux fois plus difficile d’avoir droit aux prestations d’assurance emploi dans l’ouest du Canada qu’ailleurs au pays.

À Magog, au Québec, 200 personnes ont été mises à pied par Gurit Canada. Ces personnes ont toutes versé les mêmes cotisations à l’assurance emploi, mais perçoivent des prestations différentes parce qu’elles habitent dans une ville qui chevauche deux zones différentes.

Chaque jour, les bureaux de nos députés reçoivent des Canadiens qui ont besoin d’aide pour recevoir des prestations de chômage. À Mississauga, un père de quatre enfants dont l’épouse touche des prestations d’invalidité, a cotisé à l’assurance emploi mais n’y est pas admissible parce qu’il lui manque 11 heures de travail, selon les règles en vigueur.

Ces règles sont injustes, et mal adaptées aux circonstances.

Le Parti libéral a proposé d’établir une norme nationale d’admissibilité de 360 heures jusqu’à la reprise économique. Si cette proposition est adoptée rapidement, quelque 150 000 Canadiens, qui ont perdu leur emploi pour des raisons totalement indépendantes de leur volonté et qui ont cotisé à l’assurance emploi, auraient droit aux prestations de chômage.

Ce type d’initiative aura un effet bénéfique sur l’économie canadienne: 150 000 bénéficiaires de plus, c’est 150 000 familles qui paient leur loyer, leur nourriture, leur transport. C’est de l’argent qui circule dans les collectivités qui ont été le plus durement touchées par la récession.

Voilà le type de mesures de relance immédiates, ciblées et efficaces qu’il nous faut. Nous sommes à la mi-2009 et le gouvernement n’a réussi à verser que 6% des fonds de stimulation qu’il a lui-même promis. Les lourdeurs administratives paralysent les dépenses fédérales en faveur de l’infrastructure et le gouvernement reste assis sur des milliards de dollars dont nos municipalités ont désespérément besoin pour mettre des projets en chantier et créer des emplois. Nous pouvons aider ces municipalités rapidement et directement, en améliorant l’admissibilité aux prestations d’assurance emploi.

Selon notre plan, le coût de l’amélioration du régime d’assurance emploi serait couvert par les revenus généraux du gouvernement. Les cotisations n’augmenteraient pas, elles resteraient les mêmes pour les salariés. La durée et le montant des prestations ne changeraient pas non plus.

Jour après jour à la Chambre des communes, les conservateurs défendent le système actuel. Leur argument, selon lequel le système fonctionne bien, est pervers: ils ne citent que les régions où le chômage a tellement augmenté que, selon les règles existantes, les personnes qui ont perdu leur emploi ont finalement droit aux prestations.

Si la solution du gouvernement conservateur à la crise est d’attendre que suffisamment de Canadiens perdent leur emploi, quelque chose ne va pas.

À l’approche de la fin des travaux parlementaires, le gouvernement conservateur doit faire un choix. M. Harper peut continuer à s’opposer à une bonne idée simplement parce que quelqu’un d’autre y a pensé avant lui ou apporter un changement crucial à l’assurance emploi et donner aux milliers de Canadiens, qui ont cotisé au régime, l’aide qu’il leur faut pour subvenir aux besoins de leur famille.

Nous espérons que le gouvernement conservateur fera le bon choix.

L’auteur est chef du Parti libéral du Canada et député d’Etobicoke-Lakeshore.

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