Laval, Québec
Chers amis libéraux,
C’est avec émotion que je me présente devant vous en tant que nouveau chef du Parti libéral du Canada.
Nous avons la plus longue et la plus belle tradition politique au Canada.
Une tradition fondée par un Québécois, Wilfrid Laurier.
Une tradition de grandeur et de générosité d’esprit, de vision nationale et d’engagement international.
C’est la tradition dans laquelle j’ai grandi et dont les valeurs ont influencé toute ma vie.
C’est un parti dans le lequel les Québécois ont toujours joué un rôle déterminant.
Un parti qui a uni les francophones et les anglophones, l’est et l’ouest, le nord et le sud, dans un grand pays.
Un parti qui a ouvert les portes du Canada à des millions de gens d’autres cultures qui sont venus enrichir notre pays.
Un parti qui a su réconcilier la croissance économique et la justice sociale.
Parfois, nous avons dévié et perdu la bonne voie. Nous avons commis des erreurs.
Mais, à chaque fois, nous nous sommes relevés. Nous sommes revenus plus forts.
Nous allons regagner la confiance des Canadiens. Nous allons regagner la confiance des Québécois.
Nous y arriverons si nous restons fidèles à nos valeurs. Les valeurs d’un grand parti du centre : la modération, le franc-parler, la patience et le dévouement à nos amis, les Canadiens.
Laurier a déjà dit : un parti du centre, ce n’est pas un parti du statu quo. Loin de là. Un parti du centre, c’est un parti de réforme.
Je suis un patriote, oui, mais un patriote impatient, qui demande toujours pourquoi on ne peut pas faire mieux pour notre pays.
L’élément qui nous distingue, c’est cette passion pour la justice, conjugué à un talent pour l’action. Les autres parlent de la justice. Nous, nous la mettons en œuvre.
Moi et ma famille, nous avons vécu le rêve canadien, et pour nous, ce rêve a commencé ici, au Québec.
Quand mes grands-parents russes ont immigré en 1928, ils ne souhaitaient qu’une chose : que leur nouveau pays d’adoption leur donne la chance de débuter une nouvelle vie. C’est ce qu’ils ont trouvé, ici au Québec. Ils ont y passé toute leur vie.
Mes grands-parents, mon père, ma mère y reposent dans un cimetière devant la rivière St-François, à Richmond. C’est tout près de là que j’ai passé une partie de mon enfance, sur la ferme de mon oncle.
C’est mon Québec: la foire de Richmond, des agriculteurs francophones et anglophones, vivant ensemble, cultivant la terre ensemble, allant aux baptêmes et aux enterrements, dans la langue et la religion de l’un et l’autre. C’est ce désir de vivre ensemble, que j’ai vu et vécu, qui doit être notre exemple dans un monde parfois ravagé de haine et de violence.
C’est mon Canada : phare mondial de la tolérance, d’opportunités et d’espoir pour chacun et chacune.
My friends, we need a politics worthy of this dream, worthy of the practical idealism of our fellow citizens.
Our citizens look to us, the Liberal party, to renew our national politics.
In place of the Conservative politics of false promises, a politics of truth.
In place of the Conservative politics of division and partisanship, a politics of national unity.
My deepest instinct about the Prime Minister is that he is a divider.
I am in politics to be a uniter.
But I need your help.
J’ai besoin de vous. J’ai besoin des Québécois.
Les Québécois ne méritent pas d’être dans l’opposition à Ottawa. Leur place est au pouvoir.
À tous les Québécois, je dis ceci : le temps est venu de reprendre votre place dans la gouverne de notre pays.
Ce pays, vous l’avez façonné.
Vous pouvez être fiers d’être Québécois et Canadiens en même temps, dans l’ordre que vous voulez.
D’autres veulent vous pousser à faire un choix ultime entre vos appartenances. Un choix que la majorité de Québécois ont refusé – et continueront à refuser – de faire.
Nous vous offrons la liberté d’appartenance : celle d’appartenir au Canada et d’appartenir au Québec, dans l’ordre qui vous semble bon. Fierté québécoise, fierté canadienne : il n’y a pas de contradiction !
Car les valeurs québécoises sont aussi des valeurs canadiennes : la solidarité sociale, l’engagement environnemental, le dévouement à la paix et à la justice sur la scène internationale. Ce sont mes valeurs. Ce sont les vôtres.
J’ai été le premier chef de parti fédéraliste à reconnaitre que les Québécois constituaient une nation.
Une nation dont l’avenir est résolument plus prometteur au sein du Canada.
J’ai défendu l’idée que la reconnaissance de l’identité nationale ne nuit pas à la citoyenneté canadienne. Au contraire. Elle la rend plus forte.
Aujourd’hui, ensemble, engageons-nous à redevenir porteurs des aspirations des Québécois au sein du Canada.
La question n’est plus : qui peut mieux protéger les Québécoises et les Québécois? La vraie question, c’est: qu’est ce que nous pouvons faire ensemble pour sortir de cette crise, plus forts, plus performants qu’avant ?
Face à la crise financière la plus importante depuis soixante dix ans, nous devons nous unir, collaborer, plutôt que de nous chicaner.
Nous devons cesser d’opposer les intérêts du Québec à ceux du reste du pays, d’opposer l’ouest à l’est, les grandes villes aux régions rurales.
Au contraire, nous devons nous servir des forces de chacun pour rendre l’autre plus fort. C’est ca le génie du Canada.
Mais le Canada a besoin d’un chef qui vit la crise avec ses citoyens. Notre Premier Ministre est isolé. Pour lui, la crise, ce n’est que des statistiques. Pas pour moi.
La semaine dernière, je discutais avec les travailleurs qui construisent des hélicoptères à Mirabel, chez Bell. La fierté pour leur travail était évidente, et leur attachement à leur emploi aussi : dix huit ans chez Bell, me disait un employé. Fierté, oui, mais aussi inquiétude. On venait de licencier six cents travailleurs. Les travailleurs savaient très bien qui les avait aidés dans le passé. Ce n’était pas le Bloc. Ni les Conservateurs. C’était un gouvernement libéral.
Nous devons vivre cette crise avec les travailleurs. Nous devons trouver des solutions pour eux et avec eux.
Une période de crise économique est une opportunité qu’il faut saisir. Pour faire preuve de générosité, pour viser plus haut et créer un Canada plus juste.
Nous bâtirons une économie durable, une économie plus verte, en investissant dans nos infrastructures, en formant nos gens. Nous appuierons l’innovation, la recherche et le développement.
Nous investirons dans les Canadiens, et ce, de la petite enfance jusqu’à la retraite.
Nous accompagnerons le Québec à devenir le champion de l’énergie renouvelable et à conquérir de nouveaux marchés avec de l’électricité propre.
Nous aiderons les régions à faire face à la crise dans le secteur forestier.
Nous appuierons les entreprises des secteurs de la biotechnologie et de l’aéronautique.
Nous soutiendrons nos agriculteurs ; nous investirons dans les infrastructures rurales.
Nous aiderons nos villes à devenir plus compétitives.
Nous protégerons les travailleurs avec un système d’assurance emploi qui sera équitable à travers le pays, et qui assurera la formation pour les emplois de demain.
Nous aiderons les gens dans le besoin, les gens démunis.
Nous allons faire du progrès avec nos peuples autochtones. Le mot d’ordre sera: éducation, éducation, éducation.
Nous soutiendrons nos artistes et nos créateurs; nous ferons rayonner la culture québécoise partout dans le monde.
Nous réengagerons le Canada sur la scène internationale.
Nous mettrons en œuvre une politique étrangère indépendante, fidèle aux valeurs chères aux Canadiens.
J’admire le Président Obama. Il dit qu’il a lu mes livres. Tant mieux. Mais je ne veux pas que notre stratégie en Afghanistan, ni ailleurs, soit définie par Washington. C’est ce que Monsieur Harper est en train de laisser faire. Nous devons être des partenaires dans la formation de la nouvelle stratégie en Afghanistan. Après tout, nous avons perdu des soldats là bas. Quatre avant hier, par exemple.
Et bientôt, les braves gens de Valcartier vont débarquer pour un autre tour. J’ai visité les troupes en Afghanistan l’année dernière. C’était le 22e régiment de Valcartier, justement.
Que j’étais fier de leur travail! Que j’étais fier de constater que c’étaient des Québécois qui défendaient les valeurs du Canada!
Une fois que notre mission militaire prendra fin en 2011, nous continuerons à apporter notre soutien au peuple afghan. Avec l’aide humanitaire, nous construisons des écoles, creusons des puits, enseignons les droits de la personne. C’est ça la vocation du Canada à l’étranger.
En ce qui concerne les autres domaines de la politique internationale, nous cesserons d’ignorer la Chine et nous prendrons nos responsabilités vis-à-vis l’Afrique.
Nous redeviendrons les champions des droits humains et nous réengagerons le Canada dans la promotion de la paix.
Nous travaillerons de près avec notre voisin américain pour créer de l’ordre et assurer la bonne gestion des marchés internationaux.
Pour faire tout ca, il nous faut une politique d’idéalisme, pas de partisannerie.
Le Canada de Stephen Harper, c’est celui où la politique partisane triomphe sur les intérêts à long terme du pays.
C’est un Canada où le gouvernement en place nous divise, plutôt que de nous unir.
M. Harper est plus préoccupé à préparer des publicités négatives pour m’attaquer qu’à sortir le Canada de la crise économique. Il l’a fait avec mon prédécesseur. Mais il ne réussira pas avec moi.
Le leadership en temps difficile, c’est un travail d’inspiration, mais aussi de vérité. On ne retrouve aucune inspiration chez M. Harper. Aucune vision de notre avenir collectif. Mais aussi, et surtout, une absence de vérité.
Par moment, M. Harper met ses lunettes roses; à d’autres moments, il est pris de panique. Ce n’est pas ca, le leadership.
À la première occasion à laquelle son gouvernement a eu de répondre à la crise économique, qu’a fait M. Harper ?
Il a choisi la confrontation et a provoqué une crise politique qui n’était ni nécessaire, ni souhaitable.
S’il a changé quelque peu son approche avec le dernier budget, c’est parce que nous l’avons forcé à le faire.
Soyons francs : le secret caché de Stephen Harper, le secret de son budget, c’est qu’il ne croit pas à ce qu’il fait. Alors, il le fait mal. Parce qu’il ne croit pas dans le rôle du gouvernement
En public, il appuie le projet de relance de M. Obama. En privé, chez ses amis conservateurs, il fustige le projet de son allié.
En cette période de crise économique, les Canadiens ont besoin d’un gouvernement qui croit en sa capacité d’aider les gens, qui va stimuler notre économie et faire preuve de leadership.
Et ce leadership, on ne peut pas compter sur le Bloc québécois pour l’exercer non plus.
Comprenez-moi bien. Nos collègues du Bloc sont de bonne foi et ils travaillent fort pour leurs concitoyens.
Je constate aussi qu’il y a beaucoup d’électeurs qui votent pour le Bloc par sentiment de fierté d’être Québécois, mais qui ne croient pas en leurs solutions.
C’est à ces gens que je m’adresse. Donnez nous la chance de prouver ce que nous pouvons faire pour le Québec, pour vos familles, pour vos voisins, pour vous.
Laissez-nous vous prouver qu’il n y a aucune contradiction entre la fierté que vous ressentez d’être Québécois et la volonté de participer à la grande et belle aventure qui s’appelle le Canada.
Les Québécois ont fait de ce pays ce qu’il est, non pas en s’isolant, mais en agissant.
Wilfrid Laurier, Louis St-Laurent, Pierre Trudeau, Jean Chrétien, Paul Martin, Stéphane Dion – voilà des Québécois qui ont voulu faire partie de la solution.
Je ne suis pas naïf face à ce qui nous attend. La route devant nous sera ardue et remplie d’obstacles. Nos adversaires seront coriaces. Le combat qui nous attend sera féroce. La victoire ne nous sera pas livrée sur un plateau d’argent.
Personne ne m’a livré quoi que ce soit sur un plateau d’argent. J’ai travaillé pour tout ce que j’ai accompli dans ma vie. Comme vous.
Maintenant, vous fidèles militants qui êtes déjà au boulot dans chaque comté, dans chaque région : ne prenez rien pour acquis. N’abandonnez jamais.
Nous allons hisser le drapeau libéral partout. Et nous allons dire haut et fort : les rouges sont de retour! Nous sommes fiers d’êtres libéraux. Nous sommes fiers d’être Canadiens.
Mes amis, le temps est venu pour les Québécois de reprendre leur place à Ottawa. Le temps est venu pour les Québécois de jouer le rôle de premier plan à la tête du gouvernement du Canada.
Nous avons besoin de Québécois à la gouverne de notre pays.
Le Canada entier a besoin de vous.
Ensemble, nous y arriverons.
Merci.



