Toronto, Ontario
Je remercie Bob de m’avoir si chaleureusement présenté.
Nous pouvons dire ce soir que nous sommes un parti uni, tout spécialement grâce à mon ami Bob Rae que je connais depuis quarante ans.
En fait, nous sommes si unis que Bob partage la scène avec David Peterson.
On me dit que vous aviez l’habitude de jouer Queen’s Park. Nous allons vous planifier une tournée nationale à tous les deux.
Je vous remercie tous d’être ici ce soir, et de votre incroyable générosité.
Certains parmi vous sont ici grâce à Purdy Crawford.
Purdy a contribué à sauver le système financier du Canada, l’an passé.
D’autres sont ici grâce à Frank McKenna.
Ou à David Peterson.
Ou grâce à ma grande amie Jean Augustine.
Ou encore grâce à Belinda Stronach, que rien n’arrête.
Permettez-moi de rendre hommage à un autre patriote qui est parmi nous ce soir. Un homme qui a servi son parti et son pays avec un dévouement sans égal : John Turner.
Merci à tous ceux et celles qui ont rendu possible cette merveilleuse soirée.
Beaucoup de mes collègues de la Chambre des communes sont ici. À la réunion du caucus aujourd’hui, Maria Minna m’a donné un conseil pour le discours de ce soir : « Souris Michael, souris ! » Je vais faire de mon mieux.
Et bien sûr, la personne la plus importante ici ce soir est ma femme Zsuzsanna.
Elle aussi, me dit de sourire, et elle me dit toujours « sois bref ! ». Il n’y a donc pas d’inquiétude à y avoir puisqu’elle veille au contrôle de la qualité.
Nous avons participé à des activités comme celle de ce soir partout au Canada.
Ce qui me frappe le plus, c’est que les gens reprennent confiance. Ils parlent d’une recrudescence de l’intérêt. Je sens cette énergie. J’espère que vous aussi.
Je voudrais vous parler ce soir des transformations que subit présentement notre économie.
Il ne s’agit pas d’une simple récession, mais d’une grande restructuration de l’économie mondiale.
Stephen Harper ne semble pas comprendre ce qui se passe. On ne peut pas diriger lorsqu’on ne comprend pas.
M. Harper ne voit pas que nous traversons une tempête et que colmater un trou ici et là n’empêchera pas le bateau de couler.
Il n’a pas saisi que si nous menons le bateau à bon port, nous aurons une chance unique de réinventer l’économie canadienne.
Les décisions que nous prenons dès maintenant, en pleine crise, n’affecteront pas seulement la rapidité et l’ampleur de notre reprise, elles détermineront aussi la trajectoire du Canada pour la prochaine décennie.
Sommes-nous prêts à soutenir et à renforcer la recherche de pointe, l’innovation, et l’entreprenariat ?
Exploiterons-nous les forces des cours d’eau, des marées, des vents et des ressources pétrolifères et gazifères de notre pays – et l’ingéniosité de nos citoyens – pour devenir la superpuissance mondiale de l’énergie verte ?
Serons-nous fidèles à notre attachement essentiel à la justice, qui est à l’origine du succès de notre pays ?
Nous ne pouvons pas éviter ces questions ni en nier l’urgence.
Stephen Harper n’y répond pas.
Le Parti libéral ne le laissera pas faire.
Nous allons saisir les possibilités du moment.
Nous serons prêts à prendre les décisions critiques qui serviront l’intérêt de notre pays avant qu’elles ne soient prises à notre place.
Cela nécessitera de l’ambition et du courage.
Nous sommes déjà passés par là. Nous avons sorti ce pays du gouffre après le passage du dernier gouvernement conservateur. Nous le ferons à nouveau.
Dalton McGuinty et Dwight Duncan ont pris des décisions difficiles la semaine dernière. Nous, les libéraux, savons que gouverner, c’est faire des choix.
Diriger en période difficile signifie préserver notre attachement à nos valeurs, aux valeurs que partageaient les grands, hommes et femmes, qui ont bâti ce parti.
Personne ne peut diriger sans être guidé par des principes. Nos principes sont clairs. C’est ce qui nous anime.
L’unité nationale.
La solidarité sociale.
La rigueur budgétaire.
Le développement durable.
Le leadership sur la scène internationale.
Ce sont ces principes qui nous encrent en plein centre de l’échiquier politique canadien.
C’est grâce à notre parti que ces principes sont aujourd’hui auau centre de notre vie nationale. Nous devons reconquérir le centre. Nous devons le défendre bec et ongles et ne jamais le céder à nouveau.
Laurier, fondateur de notre parti, disait déjà, il y a cent ans, qu’un parti du centre, c’est un parti de réforme.
Le Parti libéral est un parti de réforme.
Le Parti libéral est un parti de changement.
Et nous sommes là pour changer notre pays.
Nous sommes un parti de patriotes. Mais nous sommes des patriotes impatients qui se demandent toujours : pourquoi ne pas viser mieux ? Pourquoi ne pas viser le meilleur ? Et pourquoi pas maintenant ?
Lorsque notre économie sera mise à l’épreuve, nous serons là pour les gens. Nous ne laisserons aucun Canadien pour contre.
Je parle des travailleurs de l’automobile et de l’acier en Ontario, des travailleurs forestiers en Colombie-Britannique et au Québec, des ingénieurs dans les champs pétrolifères.
Je parle de Mackenzie, en Colombie Britannique, où les quatre scieries sont fermées et où le taux de chômage atteint presque 100 %.
Je parle de Fort-Coulonge, au Québec, où près de 400 des 1 500 habitants de la localité ont vu disparaître leur emploi dans le secteur forestier.
Je parle des 700 emplois supprimés chez XStrata, à Sudbury. Des 1 500 mises à pied chez Stelco, à Hamilton, et des 1 200 mises à pied chez Chrysler, à Windsor.
Je parle des 70 % de personnes de plus qui demandent des prestations d’assurance emploi à London et à Kitchener, des 60 % de plus à Calgary et 50 % de plus à Toronto, à Vancouver et à Edmonton.
Et je parle des milliers de Canadiens qui ont perdu leur emploi et qui ne peuvent pas recevoir de prestations d’assurance emploi, après avoir cotisé au régime pendant des années.
Nous les défendrons dans l’Opposition.
Nous les aiderons au gouvernement.
Il y a des moments où les circonstances exigent de l’ambition et de la clairvoyance. Où les gouvernements doivent exposer les faits, si déplaisants qu’ils soient, et faire des choix difficiles.
Ce moment est venu. Et les conservateurs ont fait leurs choix.
Ils auraient pu choisir de dire la vérité aux Canadiens sur l’état de notre économie. Ils ont plutôt choisi de tromper les canadiens.
Ils auraient pu agir l’an dernier pour sauver notre économie, mais dans leur énoncé économique d’automne, ils ont plutôt opté pour une partisannerie cynique et une indifférence troublante.
Le Premier ministre aurait pu unir les Canadiens autour d’un projet de relance.
Au lieu de cela, il a divisé le Parlement, les provinces, les régions et les industries.
Ne vous y trompez pas : ce sera sa perte.
Ma plus profonde intuition me dit que le Premier ministre actuel est un diviseur.
Nous, les libéraux, sommes des rassembleurs.
Nous comprenons que la principale responsabilité du Premier ministre du Canada est d’unir le pays.
M. Harper n’a pas su le faire.
Je n’aime pas ses politiques, et je n’aime pas sa façon de faire.
En ce moment, le Premier ministre et ses conseillers visionnent des centaines d’heures d’enregistrement vidéo et parcourent des milliers de pages de livres et d’articles.
Tout ce que j’ai écrit. Chaque syllabe que j’ai prononcée.
Ils cherchent la « citation fatale», celle qui leur fera gagner les prochaines élections.
C’est un emploi à plein temps, j’ai écrit 16 livres !
Si j’avais su qu’ils embêteraient autant les conservateurs, j’en aurais écrit plus.
Nous savons tous ce qu’ils ont fait à mon prédécesseur.
Mes amis, ils ne réussiront pas avec moi.
Pour le Premier ministre, tout est partisan. Chaque question est prétexte à la discorde. Diviser pour régner est sa devise.
Il a mis notre économie et notre unité nationale en péril en raison de ses jeux partisans.
Maintenant, il essaie de diviser les Canadiens sur la sécurité publique.
Il n’y arrivera pas.
Le Parti libéral défend la sécurité publique.
Nous nous tenons debout aux côtés de nos agents de police, qui consultent le registre des armes à feu plus de 5 000 fois par jour. Nous ne voulons plus d’armes à feu dans nos rues.
M. Harper tente de miner les efforts que font nos forces de police pour notre sécurité publique.
D’abord, il a publiquement appuyé un projet de loi qui aurait fait reculer de plusieurs décennies le contrôle des armes à feu dans ce pays.
L’opinion publique n’a pas apprécié, alors le Premier ministre a reculé.
Maintenant, il vient de déposer son propre projet de loi au Sénat. Il veut abolir le registre des armes à feu.
Nous ne le laisserons pas faire.
Nous n’appuierons pas ce projet de loi.
Les Canadiens nous demandent de faire mieux. Ils nous demandent d’être à la hauteur et d’agir de façon responsable.
Le Premier ministre est à l’étranger, à une rencontre du G-20, le grand rassemblement des dirigeants du monde dont Paul Martin a jeté les bases.
Mais les intentions du Canada ne sont pas claires.
D’un côté, le Premier ministre dit aux autres pays de se serrer la ceinture et d’augmenter leurs mesures de stimulation de l’économie.
Mais de l’autre, ici, au pays, il dit aux Canadiens de ne pas s’inquiéter, qu’il a déjà fait le nécessaire.
Il accorde des entrevues à l’étranger, sur Fox News et CNN, ou tout réseau étranger qui veut bien de lui. Apparemment, c’est plus facile que de s’adresser aux Canadiens, et beaucoup plus facile que de les écouter.
Mais de plus en plus d’économistes au Canada et dans le monde réclament des ajustements à la démarche des conservateurs. Aujourd’hui, Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, s’est joint à eux en disant que notre reprise serait plus lente et plus difficile que prévu.
Alors, la question que le Premier ministre tente d’éviter est : en a-t-il fait assez ? Faut-il faire plus ?
La raison pour laquelle il a peur de répondre à cette question, ce n’est pas qu’il pense qu’il en a fait assez, c’est qu’il n’aime pas ce dont nous l’avons contraint à faire.
Le petit secret du « plan d’action économique » de M. Harper, c’est qu’il n’y croit pas. Comment voulez-vous que ce plan marche alors que son auteur lui-même n’y croit pas ?
Nous avons perdu plus d’emplois en deux mois que son budget ne prévoit créer en deux ans.
Le Premier ministre nous parle de reprise, mais David Dodge, ancien gouverneur de la Banque du Canada, dit qu’il « rêve en couleurs ».
Plus de 100 000 Canadiens âgés de moins de vingt-cinq ans ont perdu leur emploi.
Pensez-y une minute.
Plus de 100 000 jeunes adultes débutent leur vie active en ayant recours au chômage.
C’est à ça qu’il ressemble, le Canada de Stephen Harper. Un tunnel sans sortie. Des ambitions réduites en poussières.
Nous pouvons faire mieux.
Nous allons faire mieux.
Notre parti sera le parti qui redonnera espoir aux Canadiens.
Nous serons le parti des grandes idées, pas des coups bas. Même dans les temps difficiles, nous serons le parti des bâtisseurs et des visionnaires de ce pays.
Nous savons à quoi ressemble un Canada plus fort, plus uni. Nous savons à quoi ressemble un Canada libéral.
Des programmes d’éducation préscolaire et des services de garde nationaux pour chaque enfant.
Un régime d’assurance-emploi qui donne aux gens les prestations et les formations dont ils ont besoin, où qu’ils vivent.
Des lois sur l’équité salariale qui garantissent un salaire égal pour un travail à valeur égal.
Des investissements en infrastructure qui soutiennent tout le pays, et non pas seulement les circonscriptions conservatrices.
Un système d’échange de droits d’émission canadien, doté d’objectifs absolus, qui s’attaque de front aux changements climatiques au lieu de reléguer la responsabilité à quelqu’un d’autre.
Une stratégie énergétique qui unit les Canadiens de toutes les régions du pays autour de deux objectifs : devenir les consommateurs les plus éco-énergétiques de la planète, et faire de la politique énergétique du Canada la plus viable au monde.
Une industrie automobile plus verte et plus compétitive, pour garder les emplois et les contrats au Canada.
Une stratégie nationale d’investissement dans les sciences, la recherche et l’innovation, pour préparer dès maintenant le terrain aux emplois de demain, en biotechnologie, en nanotechnologie, ou encore en génomique.
Un diffuseur public — CBC-Radio-Canada — qui est dynamique et fort, qui apporte la culture, les sports et les nouvelles à toutes les régions du pays, dans les deux langues officielles.
Une politique culturelle nationale qui respecte et encourage les créateurs qui nous aident à voir les vraies couleurs de notre pays.
Des rues sûres et des collectivités vivantes pour tous.
Une voix en faveur de la paix, de l’ordre et du bon gouvernement dans le monde, et les moyens qu’il faut pour agir.
Voilà les rêves concrets que nous devons offrir à population.
Nous devons transformer ces rêves en réalité.
Le XXIe siècle appartiendra du Canada, mais seulement si nous osons, si nous croyons et si nous fonçons.
L’avenir politique de notre pays sera libéral, mais seulement si nous inspirons les gens, si nous sommes attentifs, si nous avons le sens du service.
J’aimerais conclure ce soir en vous racontant une anecdote qui vient de m’arriver, cet après-midi, à l’aéroport d’Ottawa.
La jeune femme qui me fouillait à la sécurité m’a dit :
« Monsieur Ignatieff, vous avez bien fait, pour la coalition. »
Je lui ai répondu : « Merci Zeena. » C’était le nom sur son badge.
« Vous faitesbien ça , a-t-elle continué. Les libéraux reviennent. Vous êtes notre parti, le parti du peuple. »
« Oui, ai-je répondu. C’est ce que nous nous efforçons d’être »
Le parti du peuple.
Des gens qui travaillent fort, qui gardent confiance en eux-mêmes et dans leur pays.
Je vous parle de cette rencontre avec cette jeune femme parce que cela nous rappelle à tous pourquoi nous faisons ce métier et pour qui nous faisons ce que nous faisons.
Nous, les libéraux, savons que nous ne travaillons pas pour nous.
Nous travaillons pour Zeena, et pour tous les autres comme elle.
Nous devons être le parti que les Canadiens veuillent que nous soyons.
Nous devons faire de ce pays un pays qui soit à la hauteur de nos espoirs et des rêves de nos enfants.
Ensemble, c’est ce que nous allons faire.
Merci.



