On pensait que le refus du gouvernement Harper de demander une enquête publique sur les centaines de femmes autochtones portées disparues et assassinées était une décision catastrophique. Voilà que le gouvernement a aussi saboté le précieux travail accompli par le groupe initialement chargé d’appeler l’attention du public sur ce dossier très préoccupant, ont déclaré aujourd’hui les députés libéraux.
« Selon les récents bulletins d’informations, le présent gouvernement empêche l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) d’autoriser l’organisme les Sœurs par l’esprit – le groupe qui a été le fer de lance des travaux de recherche, des actions de sensibilisation et de défense en ce qui concerne ce dossier – à poursuivre son travail, qui est nécessaire », a fait savoir la porte-parole libérale pour la Condition féminine, Anita Neville.
« Le gouvernement mène cette campagne depuis plusieurs mois afin de retirer toutes les ressources de l’organisme les Sœurs par l’esprit », a expliqué le porte-parole libéral des Affaires autochtones, Todd Russell. « Leurs travaux de recherche sur les quelques 600 cas ont ouvert de nouvelles pistes sur une région pour laquelle on avait jusqu’à maintenant fermé les yeux. Ces cas ont conduit à la création d’une base de données nationale, la première de ce genre au pays. Et voilà que Stephen Harper met fin à leurs activités. »
Le financement en faveur de l’organisme les Sœurs par l’esprit a été assuré jusqu’à la fin de mars 2010, soit au moment où les conservateurs ont offert à l’Association canadienne des femmes autochtones un montant ponctuel de 500 000 dollars pour sauvegarder leur projet. Toutefois, selon les bulletins d’informations, le financement a été prolongé à la condition que l’Association canadienne des femmes autochtones n’utilise pas le nom des Sœurs par l’esprit, ne mène aucun travaux de recherche, ni d’actions de défense ou d’orientations politiques.
« Pour prendre des mesures concrètes en ce qui concerne ce dossier, on a besoin d’assurer le suivi et la mise à jour des éléments de preuve, et c’est ce que la base de données des Sœurs par l’esprit nous procurait », a ajouté M. Russell. « Nous savons que d’autres cas de femmes disparues sont signalés. Il est scandaleux de voir que le gouvernement menace de comprimer le financement de l’Association canadienne des femmes autochtones alors qu’elle devrait mettre à jour sa base de données pour refléter la réalité. »
Selon des estimations, si on étendait à toutes les citoyennes canadiennes le même taux de femmes portées disparues et assassinées qu’on retrouve au sein de la population autochtone, cela représenterait environ 19 400 femmes canadiennes portées disparues ou assassinées.
« Les mesures annoncées par le gouvernement la semaine dernière ne s’attaquent pas au problème du nombre disproportionné de femmes et de jeunes filles autochtones portées disparues et assassinées. Elles n’apportent pas non plus de soutien aux familles et aux collectivités des Premières nations, des Inuits et des Métis. Elles donnent plus d’argent et de pouvoir aux forces de l’ordre, mais ne se préoccupent pas des problèmes des femmes autochtones », a dit Mme Neville.
« Le gouvernement doit immédiatement rétablir le financement en faveur de l’organisme les Sœurs par l’esprit pour la recherche et la collecte de données et demander l’ouverture d’une enquête indépendante et publique sur les femmes autochtones portées disparues et assassinées. »



