
Le 17 juin, le chef libéral Michael Ignatieff et le Premier ministre Stephen Harper se sont entendus pour créer un groupe de travail chargé d’étudier une réforme de l’assurance-emploi qui permettrait un accès plus juste aux prestations pour les Canadiens en cette période de récession. Il était aussi question d’étendre l’assurance-emploi aux personnes qui travaillent à leur compte.
Depuis, plus de 52 000 personnes ont rejoint les rangs des chômeurs. Les économistes ne sont pas unanimes sur la fin de la récession, mais ils sont tous d’accord sur le fait qu’il faudra du temps avant que la création d’emplois ne reprenne. D’ailleurs, des milliers de travailleurs dans le secteur manufacturier qui ont été mis à pied en Ontario et au Québec l’ont sans doute été pour de bon.
Où en sommes-nous, huit semaines après que l’assurance-emploi a été portée au rang des grandes priorités politiques ? On peut dire en toute objectivité qu’aucun progrès substantiel n’a été accompli. Il a fallu presqu’un mois avant que les membres conservateurs du groupe, les députés Pierre Poilievre et Diane Finley acceptent de venir à une réunion. Les discussions lors de la première rencontre portaient sur la proposition libérale d’établir un seuil national uniforme d’admissibilité à l’assurance-emploi à 360 heures travaillées pour la durée de la récession. Les conservateurs avaient dit être prêts à travailler sur ce plan, mais à l’issue de la réunion, ils l’ont ouvertement rejeté, sans toutefois proposer d’autres solutions.
La deuxième réunion a été encore plus frustrante. Les discussions au sujet du coût du projet n’ont abouti à rien, et des « responsables conservateurs » ont fourni aux journalistes un document comportant des estimations plus que farfelues. Les membres conservateurs du groupe de travail n’ont fait aucune proposition sur laquelle nous aurions pu travailler pour faire avancer les choses. Ils n’ont rien mis sur la table pour l’équité régionale, ni pour la couverture des personnes qui travaillent à leur compte, alors que c’était là un cheval de bataille conservateur pendant la dernière campagne électorale.
La prochaine réunion aura lieu jeudi. Il ne reste que quatre semaines avant que les députés ne reviennent au Parlement, mais nous avons encore le temps d’accomplir de bonnes choses. Pourquoi est-ce si important ? Qui est-ce que cela intéresse? Eh, bien, si vous êtes l’une des 150 000 personnes qui ont cotisé à l’assurance-emploi mais n’ont pas droit aux prestations parce qu’elles n’ont pas atteint le nombre d’heures minimum avant d’être mises à pied à cause de la récession, sans avoir commis aucune faute, cela pourrait faire la différence entre obtenir l’aide nécessaire pour payer vos factures en attendant de retrouver un emploi ou recourir à l’aide sociale. Pour les familles qui peinent à s’en sortir après avoir perdu un salaire, se voir refuser les prestations d’assurance-emploi à cause de leur adresse est non seulement difficile, mais humiliant, surtout en pleine récession. Il y a 58 critères d’admissibilité différents dans notre pays, et dans certaines localités, cela signifie qu’une personne a droit aux prestations alors que son voisin d’en face doit s’en passer, même s’ils ont tous les deux travaillé le même nombre d’heures. Cela n’a aucun sens, et le Premier ministre lui même l’a reconnu en juin dernier.
Voilà pourquoi de nombreux premiers ministres provinciaux et territoriaux appuient notre proposition d’établir un seuil unique d’admissibilité à l’assurance-emploi pour tous les Canadiens. Le Centre canadien de politiques alternatives, le Congrès du travail du Canada, les économistes de TD Bank et l’Institut C.D. Howe, entre autres, se joignent à eux.
Au delà des questions d’équité, l’assurance-emploi, lorsqu’elle est distribuée aux personnes qui en ont besoin, est un excellent moyen de relancer l’économie, car les bénéficiaires dépensent immédiatement l’aide reçue pour subvenir à leurs besoins. L’assurance-emploi constitue aussi un pont pour les travailleurs qui souhaitent se reconvertir. Si le Canada veut rebâtir son économie, créer de nouvelles entreprises et développer de nouveaux secteurs qui reprendront le flambeau de ceux qui sont en déclin, nous devons mobiliser tous les efforts, toute la créativité des hommes et des femmes qui réintègrent le marché du travail. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser tomber qui que ce soit.
Pour toutes ces raisons, les libéraux participeront à la réunion du groupe de travail sur l’assurance-emploi jeudi dans l’espoir que leurs collègues conservateurs prendront plus au sérieux le sort des travailleurs canadiens sans emploi.
Sinon, les familles canadiennes qui souffrent déjà de la récession continueront de payer le prix fort, et c’est le pays tout entier qui en souffrira à long terme.
Marlene Jennings et Mike Savage sont les députés libéraux membres du groupe de travail sur l’assurance-emploi



