
Le chef libéral Michael Ignatieff a envoyé aujourd’hui la lettre au ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon au sujet de la nomination de M. Gérard Latulippe au poste de président de Droits et Démocratie.
Monsieur le Ministre,
Je vous écris en réponse à votre lettre de consultation du 22 février 2010 m’informant de l’intention de votre gouvernement de nommer M. Gérard Latulippe président de Droits et Démocratie (le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique).
J’ai le regret de vous informer que je ne saurais appuyer votre choix car j’estime que M. Latulippe ne convient pas pour ce poste, à un moment critique pour cette organisation.
Droits et Démocratie jouissait d’un grand renom au niveau international, mais cette réputation a été sérieusement entachée par le chaos qui règne actuellement au sein de l’organisation. Il semble clair que la meilleure voie pour avancer serait de mettre fin à tous les efforts visant à politiser cette organisation et de lui permettre de transcender la partisannerie, comme elle l’a toujours fait par le passé. À cet égard, il semble pour le moins contre-productif de nommer président une personne comme M. Latulippe, qui entretient des liens aussi étroits avec le gouvernement et ses ministres.
Le curriculum vitae que vous avez fourni pour M. Latulippe semble omettre plusieurs des aspects les plus partisans de sa carrière. Je note qu’en 2000, M. Latulippe a été candidat pour l’Alliance canadienne, l’un des partis politiques qui ont fusionné pour créer l’actuel Parti conservateur du Canada. Je note qu’il a également été coprésident du parti au Québec durant la campagne électorale de 2000, et qu’avant cela, il a été l’un des principaux conseillers et président de la campagne de leadership au Québec de Stockwell Day, l’actuel président du Conseil du Trésor.
Il y a de nombreux autres problèmes concernant ce candidat. Le cv que vous avez fourni mentionne ce qui suit en ce qui concerne l’expérience professionnelle de M. Latulippe : « 1985-1989 Solliciteur général (ministère de la Sécurité publique) et député ». Cela pourrait être perçu comme une exagération puisque, nous nous en souvenons tous, M. Latulippe a été contraint de démissionner de ses fonctions de solliciteur général du Québec en 1987 en raison d’allégations de conflit d’intérêts. Son cv ne mentionne pas non plus sa déclaration publique en faveur de la séparation du Québec en 1994.
En outre, je note que certaines des opinions de M. Latulippe exprimées sur la place publique au sujet de l’immigration et les droits des homosexuels cadrent plutôt mal avec une candidature à la direction d’une organisation où la tolérance et l’ouverture devraient aller de soi.
Ces points de vue, ainsi que le cheminement politique de M. Latulippe, soulèvent des questions légitimes quant à sa capacité d’être un homme de principe, qualité essentielle pour présider Droits et Démocratie.
Je crois fermement qu’étant donné le scandale actuel, le gouvernement devrait nommer à la présidence de Droits et Démocratie une personne qui n’a de liens évidents avec aucun parti politique. Je suis persuadé que beaucoup d’éminents Canadiens pourraient répondre à cette exigence et apporter une expérience considérable dans le domaine des droits de l’homme et de la démocratisation.
M. Cannon, votre gouvernement a fait la démonstration à maintes reprises qu’il tient à imposer aux institutions indépendantes de notre pays les positions les plus extrêmes émanant de votre propre parti politique. Cela est non seulement contraire au souhait des canadiens et aux traditions politiques de notre pays, mais dans le cas d’un organisme qui doit œuvrer de façon indépendante à la promotion des droits humains et de la démocratie, cela devient carrément insultant.
Je demande donc respectueusement au gouvernement de reconsidérer la nomination de M. Latulippe, et je l’exhorte à présenter à la place un candidat qui transcende clairement la partisannerie politique et dont l’unique objectif serait rétablir le bon travail et la réputation de Droits et Démocratie.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Michael Ignatieff
Chef de l’Opposition



