MONTRÉAL – Dans une allocution qu’il a prononcée aujourd’hui devant le Conseil des relations internationales de Montréal, le chef du parti Libéral, Michael Ignatieff, s’est penché sur les motifs du rejet de la politique étrangère du Canada et a proposé de nombreuses manières de reconstruire le leadership du Canada sur la scène internationale.
« Après le cuisant échec que le Canada a subi le mois dernier lorsqu’il n’a pas réussi à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations Unis, les Canadiennes et les Canadiens doivent faire des choix : Se retirer du monde ou bien y prendre part? Ternir notre réputation ou la redorer? Rejeter le leadership du Canada ou le rétablir? » Voilà autant de questions que M. Ignatieff a posées.
Dans une allocution prononcée devant un public composé de spécialistes de la politique étrangère, le chef du Parti libéral a énoncé les raisons pour lesquelles le Canada a perdu le vote du 12 octobre ainsi que sa capacité d’influencer le recours à la force et la protection des plus vulnérables de la planète.
« Pendant cinq ans, la vision des conservateurs en matière de politique étrangère s’est limitée à faire élire des députés conservateurs, a affirmé M. Ignatieff. Les conservateurs ont transformé la politique étrangère du Canada en une simple extension de la politique intérieure.
« Ils ont ignoré la Chine et l’Inde, ils ont permis le recul de notre part des marchés d’importation et ils ont tourné le dos à nos partenaires en Afrique. Ils ont ignoré le changement climatique, ils se sont retirés des forces de maintien de la paix des Nations Unies et ils ont oublié la Responsabilité de protéger. De plus, ils ont pris ces mesures alors qu’ils muselaient les groupes qui osaient s’opposer à leurs politiques.
« Stephen Harper a rejeté un consensus bipartite façonné depuis des décennies en matière de politique étrangère, basé sur l’équilibre, la modération, la défense des droits de la personne et l’engagement envers les Nations Unis », a poursuivi M. Ignatieff.
En revanche, le chef libéral s’est concentré sur trois secteurs qui permettront de rétablir notre leadership international, à savoir le multilatéralisme, le développement et la diplomatie, en proposant :
- la reprise d’un rôle de chef de file dans les opérations de maintien de la paix aux Nations Unis et des travaux concernant l’interdiction des enfants soldats, de même que des grappes de munitions, de la prolifération des armes nucléaires et du transfert des matériaux fissiles;
- des travaux pour éviter les conflits et la violation massive des droits de la personne avant qu’ils ne surgissent en faisant appliquer la doctrine de la « Responsabilité de protéger » préconisée par les Nations Unies;
- le rétablissement de la réputation du Canada en tant que défenseur des droits de la personne lorsqu’il s’agit de s’opposer à la torture et d’intervenir pour protéger les citoyens canadiens à l’étranger et éviter qu’ils ne soient mis à mort;
- le rétablissement du leadership du Canada en matière d’environnement et de changement climatique;
- le soutien d’une solution à deux États au Moyen-Orient, en vertu de laquelle un État israélien sûr, sécuritaire et démocratique côtoierait un État palestinien viable, sécuritaire et démocratique;
- l’habilitation des organisations qui ont été réduites au silence par les Conservateurs – comme le Centre international MATCH, KAIROS, le Conseil canadien pour la coopération internationale et les droits et la démocratie – afin de mobiliser les Canadiens dont la contribution importe dans le monde;
- le retour en Afrique, pas pour faire la charité, mais pour tisser des liens qui vont augmenter le niveau de vie et faire progresser la justice et la liberté;
- la prise d’un nouvel engagement envers la diplomatie, de sorte que les représentants du Canada à l’étranger disposent des ressources voulues pour promouvoir le commerce et l’investissement qui créeront des emplois au pays et appuieront les partenariats en matière de recherche et d’enseignement postsecondaire;
- le partage de la culture canadienne avec le monde entier en annulant les compressions imposées à PromArts et à RouteCommerce.
« Lorsque prendra fin notre mission de combat en Afghanistan, nous profiterons de l’occasion pour rééquilibrer les “ trois D ” de la politique étrangère du Canada, soit le développement, la défense et la diplomatie, a fait savoir M. Ignatieff. Prenons l’exemple de la situation dans l’Arctique. Nous avons besoin de capacités de défense pour affirmer notre souveraineté, mais nous avons aussi besoin de diplomatie pour protéger notre environnement et de développement des peuples de l’Arctique pour renforcer notre présence. »
Redonner au Canada sa place dans un monde en évolution est au cœur même de la démarche « pancanadienne » de la Stratégie des réseaux mondiaux que les libéraux ont annoncée en juin dernier.
« La prochaine génération de Canadiens n’aura jamais été aussi internationale, a conclu M. Ignatieff. Nous devons recontruire le leadership du Canada sur la scène internationale pour le compte des membres de cette génération, nos ambassadeurs les plus précieux, afin qu’ils puissent obtenir de bons emplois dans une économie mondiale compétitive et qu’ils soient fiers de vivre dans un pays qui contribue à l’amélioration du monde. »



