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Une enquête publique est la seule réponse adéquate à la lettre incriminante de M. Colvin

Publié le 16 Décembre 2009
afghanistan

Une lettre incriminante du diplomate canadien Richard Colvin a mis en pièces les tentatives du gouvernement Harper de cacher la torture de prisonniers afghans transférés par le Canada, ont dit aujourd’hui les députés libéraux, qui considèrent que le gouvernement n’a plus d’autre choix que d’ouvrir une enquête publique.

« La lettre de M. Colvin ne pourrait pas justifier plus clairement le besoin d’une enquête publique, a dit le chef libéral Michael Ignatieff. Tous les chemins mènent à l’édifice Langevin et au Cabinet du Premier ministre. M. Colvin a informé le greffier du Conseil privé, qui est le plus haut fonctionnaire et rend directement des comptes au Premier ministre. Le greffier a donc dû informer le Premier ministre. Pourtant rien n’a été fait pour empêcher la torture des prisonniers livrés par les Forces canadiennes. »

« Le gouvernement a tenté d’enterrer les preuves de torture dès le début en décourageant les comptes rendus écrits et en censurant les documents disponibles, a ajouté le porte-parole libéral responsable de la défense, Ujjal Dosanjh. Maintenant, ils essaient d’étouffer tout ça en intimidant les témoins, en boycottant le comité parlementaire sur l’Afghanistan, en refusant de fournir des documents non censurés, et maintenant, il envisage même de suspendre les travaux du Parlement pour empêcher l’information d’être diffusée. »

Les libéraux considèrent les éléments de la lettre de M. Colvin comme des preuves justifiant indiscutablement l’ouverture d’une enquête juridique complète et indépendante,

Avertissements :
• Le gouvernement avait connaissance de nombreux cas de tortures dans les prisons afghanes rapportés par des agences canadiennes et internationales dès mars 2006.
• Ces comptes rendus étaient basés sur des sources multiples et crédibles.
• Des tierces parties crédibles ont rapporté que la torture des prisonniers était une pratique courante.
• Les investigations des cas de torture par les services secrets afghans étaient si faibles que l’ambassade canadienne les a rejetées.
• Des allégations crédibles de torture de prisonniers transférés par le Canada ont fait surface dès la conclusion de l’accord de transfert en mai 2007, et non pas six mois plus tard en novembre 2007.

Censure :
• L’ambassade canadienne a censuré une partie des rapports concernant directement le traitement des prisonniers.
• « Des employés de l’ambassade se sont fait dire de ne pas communiquer les informations qui contredisaient le message du gouvernement, même si elles étaient vraies. »
Prisonniers :
• Le NDS afghan (les services secrets) a dit au Canada : « Beaucoup, voire la plupart de nos détenus n’étaient pas liés à l’insurrection. » Comme l’a dit un officier militaire à la Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire, il s’agissait surtout de « paysans locaux. »
• Les prisonniers afghans n’ont aucune raison de mentir au sujet de la torture. Au contraire, cela accroît pour eux le risque d’être torturé. De plus, il est très peu probable qu’ils aient reçu une formation à ce type de mensonges.

Réponse du gouvernement :
• Le gouvernement Harper n’a rien fait pour résoudre les problèmes liés aux transferts quand il a appris que la torture était pratiquée.
• Le Canada avait de nombreuses options autres que celle de transférer les détenus aux autorités afghanes.
• Il n’existait aucune ébauche ni consultation en cours au sujet d’un nouveau protocole d’entente sur les prisonniers avant que l’affaire de la torture n’éclate au grand jour dans les médias le 23 avril 2007. En fait, la recommandation de négocier un nouveau protocole d’entente a d’abord été rejetée le 24 avril 2007.
• De hauts responsables canadiens sont intervenus à deux reprises pour maintenir le gouverneur de Kandahar, Asadullah Khalid, à son poste. Les demandes des autres pays de l’OTAN exigeant la démission d’autres gouverneurs ont été respectées.

Reddition de comptes :
• Les hauts responsables au gouvernement et dans l ‘armée devaient obligatoirement être informés des rapports de l’ambassade canadienne et de l’équipe provinciale de reconstruction. Les rapports ont été lus, mais rien n’a été fait.
• M. Colvin a respecté la hiérarchie en informant ses supérieurs, dont le greffier du Conseil privé, Kevin Lynch, et le sous-ministre adjoint responsable des affaires étrangères, David Mulroney, des cas de torture. C’était à eux d’alerter le ministre et le Premier ministre, et non pas à M. Colvin.
• Les décisions concernant la mise en oeuvre et les opérations de transfert de prisonniers étaient prises à Ottawa, pas à Kandahar.
• M. Colvin n’est pas un délateur. Il a été assigné à comparaître, et donc contraint par la loi de se présenter devant le comité et de dire la vérité.

« Nous savons pourquoi les conservateurs tentent si désespérément d’éviter ce sujet : tous les chemins mènent au Cabinet du Premier ministre, a conclu M. Ignatieff. Seule une enquête publique permettra de faire toute la lumière sur cette question très grave. »

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