Discours de Justin Trudeau après être devenu chef du parti Libéral

Discours prononcé par Justin Trudeau, chef du parti Libéral du Canada. Ottawa, le 14 avril 2013.

La version prononcée fait foi.

Merci, mes amis. Merci. Normalement je commencerais par remercier ma famille et mes amis d’avoir composé avec mon absence et de m’avoir permis de faire campagne, mais ce n’est pas ce que je ferai. Ma décision de m’engager dans la course au leadership n’a pas été prise en dépit de mes responsabilités familiales, mais bien à cause d’elles. Ainsi, ma famille et mes amis ont toujours été au cœur même de cette campagne. Nous l’avons fait ensemble. Merci Sophie. Merci Xavier et Ella-Grace. À mes collègues, Joyce, Martha, Karen, Deborah, Martin, David, George et Marc… et aux milliers de Canadiens qui ont collaboré à vos campagnes… je tiens à vous dire : nous ne sommes pas des adversaires, mais bien des alliés. Votre courage, intelligence, et dévouement continueront de faire honneur au Parti Libéral du Canada.

Pour le travail qu’il a accompli pour garder ce parti en santé, je dois remercier du fond de mon cœur, mon ami, mon collègue, un grand Canadien, Bob Rae. Bob, ton leadership, ta sagesse et ton engagement inégalé envers notre pays, et envers notre parti ne seront jamais oubliés. Ce fut une campagne incroyable. Nous sommes extrêmement fiers du fait qu’elle a été propulsée par des bénévoles. Plus de 12 000 Canadiens se sont portés volontaires. Merci pour vote désir de rendre ce magnifique pays encore meilleur. Comme toute organisation efficace, celle-ci a été menée de façon brillante, par deux personnes généreuses et de principes.

Katie Telford et Gerald Butts. Mes amis et compatriotes. Merci pour ce que vous avez fait, ce que vous faites et ce qu’il nous reste à faire ensemble. Ron et Jodi, George, Aidan et Ava, merci d’avoir partagé Gerry et Katie avec nous. Mes amis Libéraux, c’est avec beaucoup de respect pour ceux qui ont été auparavant ici dans la même position que moi et avec beaucoup de détermination à accomplir le travail acharné qui nous attend, que j’accepte, avec humilité, la confiance que vous avez placée en moi. Merci. À vous tous. Pour votre confiance. Pour votre espoir. Pour avoir choisi de faire partie de ce mouvement que nous sommes en train de bâtir. Et en cette belle journée de printemps dans notre capitale nationale, je suis honoré de me tenir devant vous, fier d’être le chef du Parti libéral du Canada.

Mes amis, ceci est le dernier arrêt de cette campagne. Mais le premier de la prochaine. Au cours des derniers six mois, j’ai visité des centaines de communautés, d’est en ouest. J’ai rencontré, j’ai discuté et j’ai appris de milliers et de milliers de Canadiens. Et grâce à votre travail acharné, plus de cent mille électeurs nous ont envoyé un message clair : les Canadiens veulent un meilleur leadership et un meilleur gouvernement. Les Canadiens veulent d’un leadership qui dirige, pas qui impose. Ils en ont assez des politiques négatives, orientées sur la division, des conservateurs de M. Harper. Et ils sont déçus que le NPD, sous Thomas Mulcair, ait décidé que s’ils ne peuvent pas les battre, aussi bien se joindre à eux. Nous en avons assez des chefs qui montent les Canadiens contre les Canadiens. L’ouest contre l’est, les riches contre les moins bien nantis, le Québec contre le reste du pays, les villes contre les régions. Les Canadiens tournent leur regard vers nous, mes amis. Ils nous donnent une chance, dans l’espoir que le parti de Wilfrid Laurier puisse revivre des jours meilleurs. Les Canadiens souhaitent que la politique positive soit plus forte que le barrage systématique de commentaires négatifs qui, vous le savez comme moi, arrivera sous peu sur les ondes de vos écrans de télévision partout au Canada. Nos bénévoles nous l’ont dit, les messages téléphoniques ont déjà commencé.

Pour reprendre la pensée du grand président américain Franklin D. Roosevelt : never before in this country have the forces of negativity, cynicism and fear been so united in their hostility towards one candidate. Le Parti conservateur fera ce qu’il sait faire. Ils tenteront de répandre la peur. Il récoltera le cynisme. Il tentera de convaincre les Canadiens que nous devrions être satisfaits de ce que nous avons déjà. Cela s’explique par le fait qu’au cœur de leur plan sans ambition se trouve l’idée que « mieux » n’est tout simplement pas possible. Que d’espérer plus de notre politique et de nos leaders, plus d’humanité, plus de transparence, plus de compassion, est naïf et mènera inévitablement à la déception. Et ils feront la promotion de cette idée de division, destructive, avec acharnement. Ils le feront pour une raison bien simple… Ils ont peur. Mais… et je veux être clair là-dessus… Mes compagnons Canadiens, ce n’est pas de mon leadership que M. Harper et son parti ont peur. C’est du vôtre. Il n’y a rien dont les conservateurs ont plus peur que de citoyens canadiens engagés et informés.

Mes amis, si j’ai appris une chose dans ma vie, c’est que notre pays a la chance d’avoir un nombre incalculable de citoyens engagés, provenant de toutes sortes de milieux, et de toutes les convictions politiques. Ils se sont déplacés par milliers au cours de cette campagne. Ils se sont rassemblés par centaines dans des endroits comme Ponoka, en Alberta, et Oliver, en Colombie-Britannique, Prince Albert, en Saskatchewan, et Île-des-Chênes, au Manitoba. Des Canadiens qui croyaient envoyer des leaders de leur communauté à Ottawa pour les représenter, mais qui ont plutôt entendu l’écho de M. Harper dans leurs communautés. Nous avons vu leurs visages optimistes dans des foules de Canadiens réunis à Windsor et Whitby, Mississauga et Markham. Des Canadiens de la classe moyenne qui contribuent beaucoup à l’économie mais reçoivent trop peu en retour. Nous avons vu des Canadiens de l’Atlantique très travaillants d’Edmunston à Halifax, de Summerside à St John’s, qui ont constaté que ce gouvernement ne partage pas leurs valeurs. À mes amis au Labrador, j’ai hâte de vous voir très bientôt.

Nous avons rencontré des leaders autochtones de partout au pays, de Tk’emlups à Whapmagoostui, qui en ont simplement assez d’être poussés en marge de ce pays. Avec le courage de marcher 1 600 kilomètres au cœur de l’hiver canadien pour prouver qu’ils seront « Idle No More ». Les francophones qui vivent à Shediac, à Sudbury, à St-Boniface et partout au pays veulent que leurs enfants s’épanouissent en français. Votre détermination m’inspire. Et elle doit inspirer tout le pays. Des Québécois, de Gatineau à Gaspé, qui veulent se réengager dans ce pays. Dans leur pays. Qui n’ont pas de temps pour les enjeux de division du passé de leurs parents, mais qui veulent travailler avec les Canadiens qui partagent leurs valeurs pour bâtir un pays meilleur pour nos enfants. Je veux prendre, justement, un moment pour m’adresser directement à tous les Québécoises et Québécois. Vos témoignages et votre appui des derniers mois m’ont profondément touché. J’ai tellement appris de nos conversations et de nos rencontres. Je ne prends rien pour acquis. Je sais que la confiance, ça doit se mériter. Et je compte bien mériter la vôtre. Je suis confiant en l’avenir. Je vais vous dire pourquoi. Les Québécois ont toujours été des bâtisseurs. De Champlain à Laurier, jusqu’à aujourd’hui, ils ont activement participé à construire ce pays avec tous les autres Canadiens.

Notre tâche n’est pas terminée. Nous faisons face à d’énormes défis. Aider les gens de la classe moyenne à joindre les deux bouts. Réconcilier la croissance économique et la protection de l’environnement. Jouer un rôle positif et déterminant à l’échelle mondiale. Pour les surmonter, nous devons faire preuve d’audace et d’ambition, mes amis. Toujours de l’audace et de l’ambition. Soyons francs. Nous ne convaincrons pas tout le monde. Il y aura toujours des sceptiques. Des gens qui diront que notre pays est trop grand, trop rempli de différences pour être bien géré et pour que tous y soient bien représentés. Ils se trompent, mes amis. Je ne prétends pas que ce sera toujours facile. Qu’il n’y aura pas d’obstacles sur notre chemin. Que nous ne devrons pas faire certains compromis. Le Canada est un grand projet inachevé. Et c’est à nous – avec tous les autres Canadiens – d’en faire le pays que nous voulons. Le temps est venu pour nous d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de notre pays. Laissons à d’autres les vieilles chicanes et les vieux débats qui alimentent la grogne. Laissons à d’autres la rhétorique ultra partisane et la façon dépassée de faire de la politique. Laissons à d’autres les attaques personnelles. Québécoises et Québécois, soyons à nouveau des bâtisseurs du Canada.

Pour que notre pays soit à la hauteur des rêves et des ambitions qui sont partagés d’un bout à l’autre du pays. Pour laisser à nos enfants un meilleur monde que celui qui a nous a été légué par nos parents. Mes amis, le Parti libéral regagnera la confiance des Canadiens quand il leur prouvera qu’il est là pour les servir. C’est la tâche qui nous attend. Et c’est celle qui me guidera en tant que chef du Parti libéral du Canada. À la nouvelle génération de Canadiens et à tous les jeunes qui ne se sentent pas interpelés par la politique, j’ai un message bien simple à vous livrer. Votre pays a besoin de vous. Il a besoin de votre énergie et de votre passion. Il a besoin de votre idéalisme et de vos idées. Le mouvement que avons bâti au cours des six derniers mois, c’est le vôtre. Il vous appartient. C’est le mouvement avec lequel nous allons changer la politique. C’est le mouvement qui nous permettra de réformer nos institutions politiques, de faire de l’union de l’environnement et de l’économie une vraie priorité, et de jouer un rôle positif et constructif sur la planète. Mes collègues Libéraux, les Canadiens tournent leur regard vers nous. Cette campagne a été leur campagne plus que simplement la nôtre. Ils veulent quelque chose de mieux. Ils refusent de croire que faire mieux est impossible. Ils voient le pays que leurs parents et grands-parents ont travaillé si fort à bâtir, et ils veulent léguer un pays encore meilleur à leurs enfants.

Les Canadiens partagent des valeurs profondes qui ne peuvent être ébranlées, peu importe à quel point le Parti conservateur tentera d’y arriver. Optimisme. Ouverture. Compassion. Service communautaire. Générosité d’esprit. Nous voulons croire que le changement est possible. Nous voulons un leadership qui transformera leurs meilleurs idéaux en un pays encore meilleur. Mais les Canadiens ne se laisseront pas jouer. Permettez-moi d’être franc. Les Canadiens nous ont tourné le dos parce que nous leur avons tourné le dos. Parce que les Libéraux étaient devenus plus intéressés à se battre entre eux qu’à se battre pour les Canadiens. Eh bien, ça m’importe peu si vous croyiez que mon père était exceptionnel ou arrogant. Ça m’importe peu si vous êtes un libéral de Chrétien, un libéral de Turner, un libéral de Martin ou n’importe quel autre type de libéral. L’ère des clans au sein des Libéraux prend fin dès maintenant, ce soir. À partir d’aujourd’hui et pour l’avenir, il n’y aura qu’une sorte de Libéraux, et ce seront les Libéraux canadiens. Unis dans notre désir de servir et de mener les Canadiens. L’unité, pas seulement pour l’unité elle-même, mais pour l’unité dans la finalité. Je dis cela aux millions de Canadiens de la classe moyenne, et aux millions d’autres qui travaillent fort chaque jour pour joindre cette classe moyenne. Sous mon leadership, la raison d’être du Parti libéral du Canada, ce sera vous.

Je vous promets que chaque jour, du début à la fin de ma journée, je penserai et travaillerai fort afin de résoudre vos problèmes. Je sais que vous êtes optimistes à notre égard, mais avec réserve. Vous êtes, après tout, des Canadiens. Vous savez que l’espoir est une bonne chose, mais que sans son équivalent de travail acharné pour l’appuyer, il sera fugace. Je sais donc que vous nous jugerez par la ténacité de notre éthique de travail, l’intégrité de nos efforts, et, lorsque 2015 viendra, la clarté de notre plan pour améliorer notre pays. C’est comme cela que ce devrait être. Je sais à quel point j’ai été chanceux dans ma vie. Chanceux, avant tout, d’avoir tant appris de tant de Canadiens. D’avoir appris que, avant tout, dans ce pays, le leadership signifie être au service de la population. J’aime ce pays, mes amis, et je crois en lui profondément. Il mérite un meilleur leadership que celui qu’il a présentement. Alors soyons lucides quant à ce que nous avons accompli. Nous avons travaillé fort et nous avons mené une très bonne campagne. Nous sommes unis, remplis d’espoir et déterminés quant à notre but. Sachez ceci : ce que nous avons gagné aujourd’hui, ce n’est rien de plus, rien de moins que l’occasion de travailler encore plus fort pour nous montrer dignes de diriger ce grand pays. Nous devrions être profondément reconnaissants de cette chance. En tant que votre chef, j’ai fermement l’intention de m’assurer que nous tirions le maximum de tout cela. Le changement est possible. Les Canadiens veulent d’un leadership qui travaillera de concert avec eux pour y arriver. Gardez espoir, chers collègues Libéraux. Travaillez fort. Restez concentrés sur les Canadiens. Nous pouvons mener le changement recherché par tant de Canadiens. Un meilleur Canada est encore possible. Ensemble, nous allons le bâtir. Merci.