Harper : Pire bilan de croissance depuis R.B. Bennett

 

Stephen Harper s’est rendu en Russie cette semaine pour parler de responsabilité fiscale aux pays du G20. Son discours sonnait un peu faux compte tenu de sa piètre performance budgétaire.

En 2006, il a hérité d’une économie en croissance constante, qui avait généré 3,5 millions de nouveaux emplois, une dette et des impôts à la baisse, une décennie de budgets équilibrés, des excédents annuels d’environ 13 milliards de dollars et une marge de manœuvre prévue de 100 milliards de dollars pour les cinq années suivantes. M. Harper a reçu sur un plateau d’argent la situation financière la plus solide de tout le monde occidental. Et il a tout fichu en l’air en moins de trois ans.

Il a dépensé trois fois plus que le taux d’inflation. Il a éliminé toutes les mesures de protection financières qui avaient été intégrées dans le cadre budgétaire du Canada pour contrer les événements inopportuns. Et il a replongé le pays dans un déficit – un déficit structurel – AVANT la récession à la fin de 2008 (et non à la suite de celle-ci).

M. Harper n’a pas su prévoir la récession. Au début, il l’a banalisée en disant que c’était « un bon temps pour acheter ». Lorsque la réalité l’a rattrapé, il a lancé un plan de stimulation tardif qui a été lent, alambiqué, très partisan et entaché de cafouillages, comme le faux lac à Toronto et le détournement de plusieurs millions de dollars à Muskoka pour des belvédères décoratifs et des trottoirs ne menant nulle part.

Il y a maintenant quatre ans que la récession est terminée et pourtant l’économie nationale demeure stagnante et incertaine, avec des disparités considérables parmi certaines régions, secteurs ou groupes démographiques.

Ce gouvernement n’a qu’un remède à tout : de l’austérité, encore de l’austérité et toujours de l’austérité. Pour régler (ou du moins camoufler) son déficit structurel, M. Harper a pigé dans le financement fédéral futur des soins de santé et les pensions de vieillesse. Cette semaine, à la réunion du G20, il a maintenu les objectifs de ratio dette vieux d’au moins dix ans.

Ce faisant, il admet son échec. Il n’a pas réussi à atteindre tous les objectifs de réduction de la dette établis pour le Canada dans la dernière décennie et il abaisse maintenant la barre par laquelle il veut qu’on évalue ses résultats.

L’incompétence pure et simple explique une partie du problème : on n’a qu’à penser, par exemple, au terrible fiasco des F‑35. Une autre partie vient de l’absence d’un plan de croissance économique crédible. Vous ne pouvez pas utiliser des coupes sombres pour réduire le ratio de la dette par rapport au PIB. Il faut que l’économie canadienne croisse à un rythme fort et soutenu.

Voilà le message de la Banque du Canada cette semaine. Mais il semblerait que c’est peine perdue pour ce gouvernement. M. Harper affiche le pire bilan de croissance économique depuis les jours sombres de R.B. Bennett.

Qu’à cela ne tienne, dit-il, le Canada est en meilleure position que l’Espagne. Mais nous ne faisons pas mieux que l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège et même les États-Unis.

Les Canadiens en ont assez de la médiocrité qui caractérise le régime Harper. On nous dit sans cesse de réduire nos attentes et de nous contenter de moins. Et c’est la classe moyenne canadienne qui se retrouve aux prises avec une grande partie de ce fardeau :

  • les revenus de la classe moyenne stagnent depuis des années, tandis que le coût de la vie et l’endettement des ménages ont gonflé;
  • 70 % des employés du secteur privé ne peuvent compter sur un régime de retraite de leur employeur;
  • 60 % des parents de la classe moyenne craignent de ne pas pouvoir payer des études supérieures à leurs enfants;
  • pour la toute première fois, plus de 50 % des Canadiens et Canadiennes de la classe moyenne craignent que leurs enfants ne seront pas mieux qu’eux;
  • plus de 40 % des parents dont les enfants ont quitté le foyer voient leurs enfants adultes revenir habiter à la maison faute de pouvoir subvenir à leurs propres besoins;
  • le taux de chômage chez les jeunes demeure à un niveau de récession et toute une génération de jeunes Canadiens et Canadiennes mettent leur vie en suspens.

Les conservateurs de Harper font fi de ces réalités. Mais c’est le quotidien de la classe moyenne au Canada.

Ces Canadiens et Canadiennes rêvent d’un gouvernement qui travaillera pour eux et qui suscitera à nouveau espoir et ambition, que ce soit pour leur vie personnelle ou l’avenir de leur pays.

Ralph Goodale

Chef adjoint