Le vrai bilan conservateur en matière de défense

Cette semaine, notre ministre de la Défense, Jason Kenney, a fait une déclaration grandiloquente sur ce que son gouvernement a accompli en matière de défense nationale depuis son arrivée au pouvoir, en soulignant qu’il était prêt à soumettre ce bilan au jugement de la population canadienne lors de la prochaine campagne électorale. Voyons donc de plus près quel est ce bilan.

Commençons par le financement de l’armée. Comme M. Kenney le sait fort bien, lui et ses collègues conservateurs ont fait d’importantes promesses concernant l’achat d’équipements neufs pour nos troupes; ces promesses ont toutefois été constamment brisées.

Depuis 2012, les conservateurs ont réduit de près de 5 milliards de dollars le budget alloué à la défense. Ils ont laissé s’accumuler, depuis 2007, 10 milliards de dollars de financement approuvé, notamment près de 7 milliards de dollars alloué au budget des immobilisations du MDN – des crédits qui étaient affectés à l’achat de nouveaux équipements comme des aéronefs de recherche et de sauvetage, des hélicoptères, des camions et des navires.

Alors, à propos du bilan de ce gouvernement en matière de défense, je dirais respectueusement qu’à l’évidence, ce n’est pas un bilan dont les Canadiens peuvent être fiers.
-Joyce Murray

À cause de ces compressions, nos dépenses militaires sont passées sous le seuil de 1 % du PIB – le plus faible pourcentage du PIB depuis les années 30, et bien au-dessous des engagements financiers que nous sommes censés tenir à titre de membre de l’OTAN. La nouvelle indexation annoncée dans le récent budget n’entre en fait en vigueur qu’en 2017, et selon le plan de financement du gouvernement, le budget de la défense continuera de baisser et représentera 0,89 % du PIB en 2027.

Le résultat de ces compressions est évident : des documents déposés récemment au Parlement ont révélé qu’en matière d’approvisionnement, ce gouvernement n’avait pratiquement atteint aucun des objectifs fixés dans sa Stratégie de défense Le Canada d’abord, publiée en 2008. En fait, le MDN a déclaré cette stratégie « inabordable » il y a plusieurs années, et l’a mise au placard. Jusqu’ici, le ministre a été incapable de dire quand on peut s’attendre à ce qu’une nouvelle stratégie voie le jour ni ce qu’elle contiendra.

En outre, à cause de ces compressions, nos troupes ont été privées d’équipements dont elles ont un besoin urgent et obligées d’essayer de fonctionner avec du matériel obsolète.

Par exemple, les cafouillages qui ont marqué l’achat de nouveaux navires de ravitaillement – qui ne seront mis en service que dans plusieurs années – ont forcé les techniciens de la marine canadienne à recourir à ebay pour trouver les pièces qui permettraient à nos navires de 45 ans de continuer à prendre la mer. Ces navires ont récemment été déclarés « dangereux et peu sûrs » et ont été mis hors service, si bien que pendant la prochaine décennie, le Canada n’aura pas de navire de ravitaillement. Le fait que ce gouvernement conservateur n’a pas fourni les équipements promis – qui manquent cruellement – n’est que la pointe de l’iceberg.

C’est la façon dont M. Harper traite nos femmes et nos hommes en uniforme qui révèle ce qu’il pense vraiment d’eux.

Rappelez-vous, c’est son gouvernement qui a fait l’éloge des réservistes, mais qui a réduit le budget alloué à leur solde et celui affecté à leur formation, pour couvrir le coût de mesures comme le fractionnement du revenu – un allègement fiscal de 2000 $ offert aux Canadiens les mieux nantis. De plus, l’effectif des unités de réserve a décliné, en partie à cause de la fermeture de centres de recrutement.

Ce même gouvernement a éliminé la prime de danger versée aux soldats postés en Afghanistan, privant ainsi de cette compensation des militaires qui risquent leur vie au service de leur pays dans des régions extrêmement dangereuses. C’est uniquement lorsque cette mesure a été rendue publique que le premier ministre s’est senti assez mal à l’aise pour revenir sur sa décision.

Lorsqu’une membre des Forces armées canadiennes s’est donné la mort et que ses parents ont décidé de ne pas participer aux audiences de la commission chargée d’une enquête sur son décès, le gouvernement de M. Harper leur a adressé non seulement une assignation à comparaître, mais aussi la facture des frais ainsi engagés.

Voilà un gouvernement, et un ministre, qui ont fait fi des règles de sécurité en dévoilant l’identité de membres des Forces armées canadiennes servant en Iraq et au Koweït.

Nos militaires et leurs proches ont été mis en danger pour que soit produite une vidéo d’autopromotion carrément partisane à afficher sur le site Web personnel du premier ministre.

Alors, à propos du bilan de ce gouvernement en matière de défense, je dirais respectueusement qu’à l’évidence, ce n’est pas un bilan dont les Canadiens peuvent être fiers.

Joyce Murray, députée de Vancouver Quadra
Porte-parole libérale en matière de défense nationale