Lettre des candidates et candidats de la Colombie-Britannique à Thomas Mulcair au sujet des exportations d’eau en vrac

Monsieur Mulcair,

En tant que résidents de la Colombie-Britannique, certaines déclarations que vous avez faites au sujet de l’exportation d’eau en vrac, alors que vous étiez ministre québécois de l’Environnement, nous inquiètent au plus haut point (voir : « A gun registry? No. Yes. No. Martin Patriquin on the Tom Mulcair’s flipflops », Maclean’s, 5 septembre 2015). Votre position à l’époque avait été qualifiée de « volte-face » puisqu’elle contredisait la position que le Parti libéral du Québec avait adoptée durant la campagne électorale de 2003 (voir : « Québec ouvre la porte à l’exportation de l’eau », ICI Radio-Canada, 15 juin 2004). Vous déclariez ainsi devant l’Assemblée nationale que vous appuyiez l’exportation d’eau en vrac à titre d’outil de développement régional :

« …si j’ai des coins où je ne peux pas avoir l’usine d’embouteillage, pour toutes sortes de raisons, mais je peux exporter, puis je suis capable d’assurer la pérennité de la ressource, puis ça pourrait donner quelque chose à la région, pourquoi je ne le ferais pas? C’est comme si on disait: Ah! tous nos arbres au Québec doivent rester là, il ne faut jamais les couper. C’est une ressource naturelle renouvelable, contrairement à une mine, là. Dès qu’on a sorti le minerai, c’est fini. Mais là c’est de l’eau. Si on le gère correctement, si on s’en occupe comme il faut, pourquoi on ne peut même pas en parler? C’est cette approche quasi religieuse que je n’arrive pas à m’expliquer… » (Thomas Mulcair, Assemblée nationale, 29 avril 2004)

« Ce que, nous, on dit, c’est la chose suivante: tout en respectant la Politique nationale de l’eau, qui vise à assurer la qualité et la pérennité de la ressource eau, et en ayant une bonne assise juridique aux termes de l’ALENA, on veut que les gens en région puissent tirer profit d’une ressource cette fois-ci renouvelable. » (Thomas Mulcair, Assemblée nationale, 15 juin 2004)

« Si on assure la pérennité, le renouvellement, la qualité de la ressource eau, si on s’assure d’une bonne assise juridique, pourquoi ce serait tabou de penser d’avoir une redevance, de faire de l’exportation? » (Thomas Mulcair, Assemblée nationale, 15 juin 2004)

Pressé de questions par les journalistes quant à votre position, vous avez défendu vos déclarations faites en chambre en qualifiant l’interdiction de l’exportation d’eau en vrac alors en vigueur de « dogme » et en annonçant que vous n’aviez nullement l’intention de reculer : « Le débat ne fait que commencer… Et ceux qui pensent m’intimider en me disant que je ne suis pas leur religion, dans laquelle ils m’inventent des commandements tous les matins, j’ai des nouvelles pour eux autres ». Vous écartiez par ailleurs du revers de la main les inquiétudes légitimes de plusieurs intervenants quant à la possibilité que l’autorisation de l’exportation d’eau en vrac en fasse une marchandise régie par l’ALÉNA (voir : « Exportation de l’eau potable – Mulcair persiste et signe », Le Devoir, 18 juin 2004)

L’eau ne peut être traitée comme n’importe quelle autre ressource naturelle, ni ne peut-on la considérer comme une simple marchandise. Bien que le Canada possède d’importantes réserves d’eau douce, l’épisode de sécheresse historique et la pénurie d’eau qui ont frappé la Colombie-Britannique ces derniers mois nous rappellent que cette ressource est fragile et qu’elle doit être préservée pour nous et les générations à venir.

Nous sommes fiers du bilan du Parti libéral du Canada dans ce dossier. En effet, c’est le gouvernement libéral de Jean Chrétien qui a fait adopter en 1999 la première loi fédérale interdisant l’exportation d’eau en vrac des lacs et cours d’eau sous compétence fédérale.

Monsieur Mulcair, vos déclarations à titre de ministre québécois de l’Environnement soulèvent de sérieux doutes quant à votre engagement envers la protection des eaux de la Colombie-Britannique et du Canada. Il est de votre devoir maintenant que nous sommes en campagne électorale d’indiquer clairement quelles sont vos intentions puisque vous aspirez au poste de premier ministre :

  • Considérez-vous toujours l’exportation d’eau en vrac comme un outil de développement régional?
  • Quelles régions de la Colombie-Britannique, du Québec et du Canada pourraient selon vous profiter de l’exportation d’eau en vrac?
  • Est-ce que vous laisseriez les provinces libres de décider seules si elles peuvent ou non exporter de l’eau en vrac?
  • Êtes-vous favorable à l’exportation d’eau en vrac par le Québec?
  • Êtes-vous conscient du fait que l’autorisation de l’exportation d’eau en vrac dans une région du pays risque de transformer l’eau en marchandise sous l’ALÉNA, ce qui emporterait la nullité des interdictions présentement en vigueur tant au niveau fédéral que dans chaque province?
  • La section 2.2(e) des politiques du NPD de 2013, qui ont récemment été retirées du site web de votre parti, indique que « [l]e devoir du gouvernement fédéral est d’exercer sa juridiction et son mandat pour interdire l’exportation de l’eau en vrac, incluant dans toute entente commerciale et d’investissement présente et future. » Entendez-vous respecter cette promesse ou comptezvous plutôt abolir la Loi sur la protection des eaux transfrontalières et autoriser l’exportation en vrac de l’eau des lacs et cours d’eau sous compétence fédérale?

Les Canadiens ont droit à des réponses.

 

Jody Wilson-Raybould, candidate libérale dans Vancouver Granville

Joyce Murray, candidate libérale dans Vancouver Quadra