Soyons réalistes concernant les réductions de gaz à effet de serre

Après l’ajournement des travaux parlementaires pendant le congé du 15 mai qui a duré une semaine entière, la ministre de l’Environnement Leona Aglukkaq a annoncé les nouveaux objectifs de réduction des GES pour le Canada en 2030 : une réduction annuelle de 30 % des émissions par rapport aux niveaux de 2005. Selon elle, ce dernier objectif est « juste et ambitieux ».

Le chef libéral Justin Trudeau a promis de se réunir avec les responsables des provinces et des territoires dans les 90 jours qui suivront les négociations des Nations Unies.
-John McKay

Quand j’ai demandé à la ministre Aglukkaq d’énoncer l’objectif en mégatonnes lors d’une audience du comité deux semaines plus tard, ce qui s’est produit fut digne des farces des Monty Python. Sidérée, la ministre s’est assise et son secrétaire est intervenu pour annoncer « C’est compliqué ». Suite à la réunion, le secrétaire de presse de la ministre Aglukkaq a téléphoné à un journaliste pour déclarer qu’il avait fait les calculs et que cela équivalait à 225 mégatonnes. Le jour suivant, la ministre a confirmé à la Chambre des communes que l’objectif du gouvernement pour 2030 était en effet une réduction de 225 mégatonnes des émissions annuelles au cours des quinze années à venir.

Étant donné que les émissions annuelles n’ont baissé que de 25 mégatonnes depuis 2005, Madame Aglukkaq n’a pas tort de dire que le nouvel objectif est « ambitieux ». Délirant et trompeur sont aussi des adjectifs qui pourraient s’appliquer.

Si le gouvernement Harper est vraiment convaincu de pouvoir réduire les émissions de 225 mégatonnes de plus au cours des quinze années à venir, sans l’assentiment des provinces et des principaux émetteurs, cela relève du pur délire.

D’après les propres déclarations de la ministre, il n’est pas du tout évident que ce gouvernement ait un plan pour atteindre l’objectif de 2030. La ministre Aglukkaq déclare que le gouvernement réduira les émissions de méthane provenant du secteur pétrolier et gazier et régulera l’industrie des engrais, alors que le rapport 2014 sur les changements climatiques d’Environnement Canada prévoit que le Canada manquera son objectif 2020 de plus de 100 mégatonnes et que les émissions annuelles atteindront 862 mégatonnes d’ici 2030. Cela représente un écart de 338 mégatonnes entre les prévisions d’Environnement Canada et ce que promet le gouvernement Harper d’ici 2030.

De nombreux analystes ont fait remarquer que l’augmentation des émissions provenant des sables bitumineux compensera probablement les efforts de réduction des émissions d’autres secteurs et des provinces au cours des années à venir. Il est prévu que les émissions provenant des sables bitumineux augmentent de 180 mégatonnes entre 2005 et 2030. Retrancher 180 mégatonnes en plus de parvenir à une réduction de 30 % par rapport au niveau de 2005 est certainement « ambitieux ». Sans plan, on frise le ridicule.

Un plan visant à atteindre ce dernier objectif comptera inévitablement sur les provinces pour faire le gros du travail. Quand on lui a demandé si certaines provinces s’étaient engagées envers l’objectif de 30 %, la ministre Aglukkaq a répondu que les discussions avec les provinces étaient « en cours ». Pourquoi annoncer un objectif à la communauté internationale si les partenaires essentiels ne se sont pas engagés envers l’objectif de 30 %? Peut-être que les conservateurs délirent vraiment.

D’autre part, si le gouvernement Harper ne pense pas sérieusement à atteindre ce dernier objectif, c’est qu’il trompe tout le monde.

Depuis 2006, une cohorte de ministres de l’Environnement conservateurs a promis d’instaurer une réglementation sur les émissions du secteur pétrolier et gazier. En l’espace de dix ans, six ministres et cinq sous-ministres ont promis tour à tour de réfréner les émissions du secteur. Aucun n’y est parvenu.

La ministre actuelle déclare que le Canada atteindra l’objectif qui lui a été fixé à Copenhague de réduire, d’ici à 2020, les émissions de 17 % par rapport au niveau de 2005 mais son propre ministère déclare tout autre chose.

Le secrétaire parlementaire de la ministre Aglukkaq aime à se vanter que les émissions de gaz à effet de serre ont baissé depuis que le gouvernement Harper est au pouvoir, alors que la diminution s’est produite quand le Canada était au plus fort de la récession. La réalité est que les émissions du Canada ont augmenté au cours de chacune des quatre dernières années.
De façon puérile, les conservateurs ont rejeté d’emblée la tarification du carbone, la présentant comme une ponction fiscale qui « augmenterait le prix de tout. » Le fait est l’OCDE, le FMI et la Banque mondiale – trois organismes que le gouvernement Harper cite avec enthousiasme quand cela lui sied – ont tous appuyé la tarification du carbone en tant que mesure politique nécessaire pour lutter contre le changement climatique.

Ce schéma de tromperie de la part des conservateurs quand il s’agit de politique climatique suggère que leur dernier objectif pour 2030 est fallacieux. Le gouvernement n’a pas la moindre chance d’atteindre l’objectif de 2020 ni celui de 2030. Lorsqu’il sera inévitablement remplacé par un nouveau gouvernement, on demandera à ce dernier de rattraper une décennie de retard.
Le problème est moins la cible que l’absence de plan pour y parvenir. Les conservateurs n’ont aucun plan. Ils n’en ont aucun depuis les dix dernières années et ils continuent délibérément à entraver les progrès vers la concrétisation de leurs propres objectifs.

À l’opposé, le Parti libéral appuie les efforts des provinces visant à fixer un prix au carbone, que ce soit par le biais d’un système de plafonnement et d’échange ou par celui d’une taxe sur les émissions de carbone. Comme l’a déclaré dernièrement la Commission de l’écofiscalité, il s’agit du meilleur moyen de fixer un prix au carbone au Canada car cela évite d’imposer un seul système à plusieurs régions dont l’économie et les sources d’énergie diffèrent.

Le chef libéral Justin Trudeau a promis de se réunir avec les responsables des provinces et des territoires dans les 90 jours qui suivront les négociations des Nations Unies sur le climat à Paris, au mois de décembre. Il s’est engagé à établir un accord cadre fédéral-provincial qui aboutira à de véritables réductions des émissions du Canada et à commencer à réparer le tort que Stephen Harper a fait à notre réputation internationale.

À lui seul, cela serait plus que ce que le gouvernement Harper a accompli au cours des dix dernières années, et cela se produirait au cours des six premiers mois de l’accession au poste de premier ministre de M. Trudeau. C’est peut-être ambitieux, mais ce n’est ni trompeur, ni délirant.

John McKay

Porte-parole en matière d’environnement et député de Scarborough–Guildwood